Churchill, le dictionnaire

« Jamais dans l’histoire des conflits autant d’hommes n’ont tant dû à si peu d’entre eux. »

 

Churchill, le dictionnaire, écrit par Antoine Capet commence par une citation de Samuel Johnson et j’ai aussitôt soupçonné l’auteur de m’avoir tendu un piège : « Quand on constatera les nombreuses lacunes du présent ouvrage, il ne faudra cependant pas oublier les nombreuses indications qu’il comporte. »

Le ton est donné de ce formidable recueil de près de mille pages, ou plutôt, parce que je travaille dans la cuisine avec ma balance à portée de main, ces quelques mille deux cents grammes de pur plaisir.

Pour ceux que l’histoire intéresse, ou mieux ceux, comme moi qui sont passionnés de l’homme Churchill, ses travers et ses contradictions, ses mots, son courage et ses faiblesses, vous trouverez tout dans ce dictionnaire que j’ai lu comme un roman, en suivant la chronologie intelligemment proposée en seize chapitres, de l’enfance aux commémorations, mais aussi en passant par le « constitution physique et mentale », les « convictions, schémas mentaux et préjugés » ou bien « automobiles », « animaux » et j’en passe, tant tout le personnage est décortiqué, posé au milieu de ses contemporains sans jamais oublier ses propres et célèbres phrases.

La période de la Deuxième Guerre ne prend pas toute la place comme dans beaucoup trop de biographies. Elle est éclairée par l’avant et l’après.

Le jeune aventurier d’Afrique du Sud est celui qui fume le cigare devant les foules inquiètes, celui-là même qui peint dans son jardin pour éloigner sa dépression après avoir été rejeté par le vote de ses concitoyens.

Je me suis particulièrement arrêté sur l’étude des doctrines et stratégies de ce militaire depuis toujours politique. Antoine Capet rappelle ses choix, précise de la bouche des témoins comment il changea les cartes pour toujours en réimaginant l’art de la guerre moderne : « C’est là (bombardiers lourds) l’origine d’éliminer l’ennemi du champ de bataille par les bombardements (des territoires nazis) ». Ce 8 juillet 1940, avec toute l’effrayante conséquence de cet ordre, l’histoire prenait une autre direction. L’opération allemande Mondscheinsonate sur Coventry qui suivit fit au moins trente mille morts civils, mais coalisa la population sur l’effort de guerre.

Cet ouvrage dense est un véritable coup de cœur, qu’il faut garder près de soi pour le reprendre à satiété.

Antoine Capet nous raconte la folie, le génie, le courage et l’œuvre de l’histoire sur la mémoire, cet oubli qui caricature, non pas le souvenir de Winston Churchill seulement, mais la déflagration planétaire, combat contre un mal qui pourrait sans aucun doute, renaître.

 

Patrick de Friberg

 

Antoine Capet, Churchill, Le dictionnaire, Préface de Randolph Churchill (son arrière-petit-fils), Avant-propos de François Kersaudy, Perrin, janvier 2018, 862 pages, 29 euros

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