Le Diable du ciel, roman choc sur le crash de la Germanwings

Laurent Obertone, auteur du brûlot La France Orange Mécanique et du magnifique roman d’anticipation politique Guérilla, se lance dans une enquête non pas seulement sur le crash du vol 9525 de la Germanwings mais dans la tête du copilote Andreas Lubitz, qui fracassa l’avion contre les Alpes, le 24 mars 2015.

Le vol Dusseldorf-Barcelone n’a rien de spécial. Une navette régulière. Un équipage chevronné. Un avion révisé et parfaitement maniable, le favoris du pilote. Un ciel dégagé. Mais un copilote perturbé, qui s’enferme dans la cabine dès qu’il se retrouve seul, coupe les communications (ne pas répondre aux appels des contrôleurs aériens, ne pas répondre aux coups violents contre la porte de la cabine), coupe sa conscience, coupe son humanité, et fait faire une chute de  10 kilomètres à son appareil et, dans ce suicide incroyable, tue 144 passagers et 6 membres d’équipage. Les boites noires ont pu donner les enregistrements du vol, les bruits dans l’avion, les conversations, les coups contre la porte, la peur qui naît. Les boites noires ont pu prouver qu’il ne s’agissait pas d’une défaillance matérielle, pas de dépressurisation ni autre cause qu’humaine, la partie forcément défaillante d’un système ordonné et réglé.

 

Mais les hommes ont un bourreau que les Airbus n’ont pas.  / L’illusion du Moi. / La différence, c’est la conscience.

 

Mais quelle boite noire pourra dire ce qu’il s’est vraiment passé dans la tête d’Andreas Lubitz ?

Le narrateur, enquêteur émérite du BEA (Bureau d’Enquêtes et d’Analyses pour la Sécurité de l’Aviation civile), un des premiers à avoir été héliporté parmi les décombres éparpillés, nous fait vivre de l’intérieur les recherches, leurs portées humaines et politiques, les avancées et les doutes. Et dès que l’on comprend avec lui que ni la machine ni une cause extérieure (un attentat par exemple…) ne. peuvent être à l’origine du drame, le narrateur se lance dans une enquête de personnalité inédite : remonter le temps pour essayer de comprendre les rouages de la « machine » Andreas Lubitz, soumise à des pressions multiples comme son désir fou d’aviation, sa relative médiocrité par rapport aux pilotes qu’il côtoie et jalouse, ses tendances morbides, ses frustrations… Visitant les lieux de sa vie (son logement d’apprenti pilote et les lieux de son apprentissage notamment), l’expert du BEA se livre à un véritable démontage minutieux de la boîte noire du copilote pour, la remontant devant nous, nous offrir le possible d’une vérité effroyable mais plus que très plausible, et qui glace le sang : et si le seul moyen d’exister pour lui était de mourir ?

 

 

 

Un roman-enquête puissant, perturbant par les révélations qu’il contient et la force de son immersion dans l’esprit d’Andreas Lubitz. Dans la veine du magistral Utoya, l’Affaire Breivik, Le Diable du ciel marquera pour longtemps les réflexions sur ce crash et la seule faille du système, aussi contrôlé soit-il : l’humain.

 

Loïc Di Stefano

 

Laurent Obertone, Le Diable du ciel, Ring, septembre 2017, 276 pages, 18 euros

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