Les plus jolies fautes de français de nos grands écrivains

Comment rassurer les cancres ? comment plaire à ces qui n’apprécient pas les beautés de la grammaire ? Et cela changerait-il quelque chose si les plus grands écrivains faisaient aussi des fautes ? Dans la lignée du très classique Perles de la littérature de Pierre Ferran (1), Anne Boquel et Etienne Kern ont été débusquer des fautes prise dans des livres, des manuscrits, des correspondances, des plus grands écrivains, pour montrer que les plus grands ont pu aussi faillir.

 

nous amuser

 

La première qualité du livre est d’être structuré et de proposer une vrai étude en 15 règles précises, toutes très bien illustrées et toutes fort judicieuses. Certaines même directement prises au travail de Pierre Ferran (« ah, dit don Manoël en Portugais » que l’on doit à Dumas, parmi d’autres du même flacon), d’autres prises dans des œuvres plus modernes. Certaines fautes sont incroyables et l’on se demande vraiment comment étaient payés les correcteurs et à quel moment l’écrivain a omis de se relire !

 

Le bruit du galop de son cheval, qui retentit sur le pavé de la pelouse, diminua rapidement » (Balzac, Une ténébreuse affaire)

 

Il est toujours plaisant de se dire que tel grand a pu lui aussi faire cette faute dont on ne parvient pas à se déprendre tout à fait. Et des exemples sont pris aux règles d’accord de l’adjectif, au respect de la concordance des temps, aux efforts pour ne pas torturer la syntaxe…

 

nous instruire

Le projet des auteurs est de prendre prétexte des fautes trouvées chez les grands écrivains pour rappeler les règles et trouver d’illustres exemples. Les fautes ont indiquées en italiques pour éviter aux douteux de faire semblant de n’y rien comprendre.

La règle n° 9 consacrée aux néologisme est tout à fait judicieuse, elle pose les limites du rôle de l’écrivain. Inventer des mots, soit, mais quand il existe autant choisir le mot juste. Et de citer cette « espièglerie » d’Emile Littré

 

Chacun a ses faiblesses. Littré en avait pour sa bonne. Un jour qu’il la lutinait, Madame Littré poussa la porte et séria : “ah, monsieur, je suis surprise !” Et le regretté Littré, se rajustant, lui répondit : “Non, madame, vous êtes étonnée. C’est nous qui sommes surpris” »

 

des chicaillas

Bien sûr, c’est toujours amusant de voir un homme tomber, surtout quand il choit dans un domaine où il a un statut de modèle. Mais nos deux professeurs de lettres font preuve d’un certain rigorisme puritain et idéaliste quand ils stigmatisent un auteur pour des broutilles relevant d’une écriture rapide et personnelle. Louis-Ferdinand Céline oublie les accents dans ses lettres ? Zola fait des fautes dans ses esquisses préparatoires ? la belle affaire ! et pourquoi avoir oublié la dictée calamiteuse de Sartre enfant tel que rappelé dans Les Mots : « Le lapen çovache ême le ten » (le lapin sauvage aime le thym), car il écrivait phonétiquement avec le gros accent alsacien de son grand-père…

S’il faut se nourrir d’exemple, on regrettera que beaucoup soient pris à des brouillons plutôt qu’à des œuvres relues et peaufinée. Mais, pour nous contredire, des exemples sont trouvés aussi dans des œuvres majeures et relues et imprimées, de sorte que le leitmotiv initial de l’humour et de la bienveillance, une manière d’admiration malicieuse, est respecté.

 

 

Loïc Di Stefano

 

Anne Boquel et Etienne Kern, Les Plus jolies fautes de français de nos grands écrivains, Payot-Rivages, « Petite bibliothèque Payot irrésistibles », 160 pages, 6,50 euros

 

(1) Première édition en 1967 chez Robert Morel, réédité chez Horay en deux tomes par Dominique Jacob en 2012.

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :