revue « America » n° 7 : Il était une foi en Amérique

Je persiste dans ma tentative de compréhension de l’amnésie de l’humanité par Le Codex des espions, cette fois par le biais de la religion, ou plutôt l’invention d’une religion politique par le premier César-pape, Constantin. C’est pour cela que la septième livraison de la revue trimestrielle America m’a passionné, encore concentré dans cette sortie éditoriale.

Depuis quelques années, ce début d’écriture de Nous étions une frontière, je poursuis une obsession, celle du retour de l’histoire, ou plutôt celle de l’oubli de l’Histoire qui permet tout, surtout le mal absolu du refus de l’autre. 

Elle me vint d’une évidence que je transcrivis dans les mots de mon général Carignac à son adjoint : 

 

La paix n’a pas d’histoire, mon vieil ami. La paix n’existe pas sans la guerre qu’elle termine […]. L’amnésie des bien-pensants est de retour, maladie des écriveurs de tous ces panneaux réclames ignobles qui feront les livres d’histoire. La guerre efface même les péchés de tous les fous que nous avons créés. » 

 

La revue dirigée par François Busnel nous fait entrer dans l’Amérique de la foi, essaye de comprendre comment et pourquoi Trump, et plus généralement les partis politiques se sont emparés du pouvoir des Églises évangéliques pour gagner, quitte à renoncer aux libertés acquises, quitte à flatter leurs extrémismes caricaturaux, quitte à alimenter leurs folles visions de la science, à en permettre l’émancipation au cœur même des écoles.

C’est le paradoxe américain décortiqué dans les textes présentés par cette indispensable lecture. Cette admiration du plus fort, du gagnant, surpuissant grâce à sa foi, omniscient grâce à sa seule lecture de la bible, sectaire toujours, plus vous êtes abandonnés, pauvres et oubliés par Washington.

Le sommaire parlera de lui-même, et rendit jaloux l’écrivain que je suis de la lecture de la visite des Amish de Philippe Claudel, ou les récits ce Tara Westover, Marilynne Robinson ou encore Shalom Auslander. 

L’histoire est de retour, les acquis seront oubliés, les libertés passées au fer de l’autorité du Make America great again. Surtout le « again ».

Vous le lirez dans cette très belle idée de revenir aujourd’hui à John Steinbeck et son œuvre phare des Raisins de la colère, ou cette amertume lancinante du texte sur la contre-culture californienne dont les papes d’hier sont les millionnaires d’aujourd’hui, protégés des pauvres dans des ghettos de riches, avides d’immortalité et de transhumanisme égocentrique.

Jetez-vous sur ce coup de cœur, gardez-le près de vous pour essayer de comprendre l’Amérique de Trump en dehors de tout manichéisme intellectuel si confortable pour nos analystes parisiens.

 

Patrick de Friberg

 

America, sous la direction de François Busnel, novembre 2018, 19 eur

 

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