« Scènes de crime », plongée dans le désespoir avec Maud Tabachnik

Il faut vous dire que j’aime Maud Tabachnik depuis que je l’ai suivie dans un salon de Limoges, traversant la foule de son mètre cinquante neuf de puissance et de sourire. Je l’ai surnommée le Merkava des Salons, un regard d’acier cachant une humanité toujours plus profonde à étudier.

Nous avons bu du whisky dans sa fiole personnelle, nous avons parlé mémoire et histoire, toujours plus passionnés, toujours si intéressés par ce « que reste-t-il de l’Homme après le combat ? »

La lecture de son nouveau recueil, ce Scène de crime qui reprend le titre d’une de sa quinzaine de nouvelles rassemblées par les éditions de Borée m’aurait d’ordinaire fait fuir : chacune plonge dans le plus noir des actes que l’humanité se permet au nom de la puissance sur l’autre, la jalousie, la soumission, la perversité et cette capacité du Mal à se rassasier de la faiblesse de son altérité.

C’est sans compter sur le message, les mots et cette science du récit court qui devient là, l’aboutissement d’un travail de la langue.

Nous savons combien la technique de la nouvelle est difficile. En quelques lignes, il faut que l’auteur raconte une vie, celle d’avant, celle de l’instantanée, celle des héros ou des participants. L’odeur, le sang, l’action, l’éclairage sous les mots de Maud Tabachnik tiennent du génie d’un scénariste hitchcockien.

Des femmes, mais pas seulement, sombrent dans l’horreur avant de se relever et – non pas une vengeance, mais une aspiration de liberté – vaincre.

J’ai hésité à lui demander un entretien, qu’elle m’aurait sans doute offert contre une soirée auprès de Neige, notre chiot, dont elle se goinfre du bonheur simple d’être protégée, aimée, loin des affaires de la pauvre humanité.

C’est ce message qu’elle laisse derrière ces textes puissants, l’amour de l’autre vaut la peine d’être partagé, après le massacre d’Olduvaï, d’Abel par Caïn, cette malédiction du sang versé par l’Homme depuis une trop grande éternité.

Foncez acheter ce recueil, un coup de poing dans le ventre, un coup de cœur qui restera dans votre bibliothèque, écorné, relu, mais jamais terminé.

 

 

Patrick de Friberg

 

Maud Tabachnik, Scènes de crime, Éditions de Borée, « Marge noire », avril 2018, 302 pages, 16,90 euros

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