Saigon-Marseille, un polar en Indochine

On ne connait pas beaucoup à ce stade Patrick Bard, auteur de onze romans dont La Frontière (Seuil, 2004) et Poussières d’exil (Seuil, 2015), sans compter de nombreux romans pour la jeunesse publiés chez Syros (citons Dopamine). Saigon-Marseille, polar historique se déroulant dans les années quarante et cinquante, est intéressant à plus d’un titre comme on va le voir.

Dans le chaudron de l’histoire

« Causse. Il avait choisi Jean Causse. Pour le causse de Sauveterre, en Lozère, au pied duquel il avait passé l’été 36 en colonie de vacances à l’avènement du Front populaire. Il avait adoré, il n’avait jamais oublié. Causse, donc. Et Jean pour Moulin, évidemment, un hommage clandestin. Menotté à la grille de sa cellule, épuisé, les pieds écrasés, Causse n’avait même plus la force de se soutenir sur le bat-flanc où il était allongé. »

Lyon, mars 1944. Jean Causse est arrêté par les Allemands. Il s’appelle en réalité Rémi Pellegrin, c’est un résistant. Il va être torturé par Klaus Barbie et ses hommes mais tient, ne lâche rien sur son réseau. Justement, Roland Destival et Baptiste Costa, ses camarades, réussissent à le sauver. Entre les trois amis, c’est à la vie, à la mort. Dès 1945, leurs chemins se séparent : Pellegrin et Destival intègrent le renseignement, bientôt en partance pour l’Indochine, Costa rejoint le Milieu marseillais, celui des Guérini. Pellegrin étudie le pays, ses peuples et tombe amoureux de Lan, avec qui il a une fille et veut se marier. Destival organise des maquis, s’inscrivant dans la logique de la contre-guérilla. Et trouve l’argent du trafic d’opium pour financer tout ça. En France, Baptiste voit l’opium arriver et commence à fournir des revendeurs, malgré l’interdiction de vendre en métropole lancé par les Guérini. Rémi Pellegrin se fâche, sans tout savoir, devant les méthodes employées par son ami Roland Destival. Il est loin de tout savoir, surtout que les Américains sont dans la partie. La pièce finale du drame se jouera à Dien Bien Phu.

Une réussite

Saigon-Marseille mélange l’histoire de la seconde guerre mondiale et celle de la guerre d’Indochine mais cela se tient : les soldats qui servent en Extrême-Orient sont très majoritairement des anciens du conflit précédent, rappelons d’ailleurs que cette guerre ne concernait pas les appelés du contingent. L’intrigue est solide, bien menée, avec son lot de rebondissements. Le sujet de la drogue est ici mis en exergue, annonçant la French connection des années 1960. On regrettera une erreur au sujet de Jack Kennedy qui fait une visite (fictive ?) en 1951 au Vietnam : à l’époque, il n’est pas sénateur, comme il est mentionné, mais seulement représentant du Massachussetts. Il sera élu sénateur en 1952 seulement. Cela n’enlève au plaisir qu’on peut avoir en lisant ce roman noir.

Sylvain Bonnet

Patrick Bard, Saigon-Marseille, Gallimard « Série noire », mai 2026, 416 pages, 22,50 euros

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