L’Océanie ancienne : une histoire écrite sur l’océan
Un continent longtemps oublié de l’histoire
Lorsqu’on évoque l’histoire ancienne, les regards se tournent spontanément vers l’Égypte, la Grèce, Rome ou bien encore la Mésopotamie. L’Océanie demeure pourtant l’un des espaces les plus fascinants de l’histoire de l’humanité. Avec l’Océanie ancienne, l’auteur, Dominique Barbe, nous invite à changer de perspective et à considérer cet immense espace maritime comme un véritable espace historique.
De Sumatra à l’île de Pâques, de l’Australie aux archipels du Pacifique, l’auteur retrace une histoire qui commence il y a environ 70 000 ans avec les premières migrations humaines vers l’Est.
L’auteur, un spécialiste de l’Océanie

Agrégé d’histoire et docteuren histoire des mondes anciens, Dominique Barbe est maître de conférences honoraire à l’Université de la Nouvelle-Calédonie (Nouméa). Spécialiste français de l’histoire du Pacifique, il travaille notamment sur la période des premiers contacts entre les sociétés océaniennes et les Européens du XVIe au XVIIIe siècles.
Son parcours universitaire et son travail sur la Nouvelle-Calédonie lui permettent de croiser histoire, archéologie, anthropologie et ethnologie pour étudier les sociétés du Pacifique.
Quand l’homme devient homme de l’océan
L’une des forces de cet ouvrage est de montrer combien l’océan n’a jamais constitué une barrière pour les populations océaniennes. Il est au contraire un espace de circulation, de rencontres et d’échanges.
Les populations venues d’Asie atteignent progressivement l’Australie et la Nouvelle-Guinée. Puis les populations austronésiennes développent une remarquable maitrise de la navigation. A bord de leurs pirogues, elles vont coloniser des îles situées à des milliers de kilomètres les unes des autres jusqu’à atteindre les conflits orientaux du Pacifique.
Dans ce livre, nous voyons donc bien apparaître l’histoire d’hommes et de femmes capables de transformer un espace immense et apparemment hostile en un monde parcouru de routes maritimes.
Une histoire des migrations mais aussi des sociétés
Mais Dominique Barbe ne se contente pas cependant de raconter les principales migrations. Il s’intéresse aussi aux sociétés qui se développent dans ces îles : leurs organisations politiques, leurs croyances, leurs techniques, leurs relations avec leur environnement.
L’Océanie apparaît alors comme un monde beaucoup plus complexe que l’image exotique que les Européens ont longtemps construite.
Les contraintes naturelles (éruptions, tsunamis, variations climatiques, isolement) jouent un rôle essentiel dans cette histoire. Mais les sociétés océaniques savent également exploiter et gérer leurs ressources. Elles savent aussi développer des réseaux d’échanges et construire de puissantes organisations politiques.
Des sources rares qui amènent à une enquête historique passionnante
Écrire l’histoire de société qui ont longtemps laissé peu de traces écrites constitue évidemment un formidable défi. Pour le relever, Dominique Barbe croise les approches. L’archéologie, l’anthropologie, l’ethnologie, l’étude du climat t de l’environnement mais également les recherches contemporaines sur le génome humain permettent de reconstituer progressivement les trajectoires de ces populations.
Le résultat est particulièrement intéressant : l’histoire devient une véritable enquête scientifique capable de faire dialoguer la trace des sociétés parfois très éloignées dans le temps.
Kamehameha : le dernier souverain avant le bouleversement européen
Le livre s’achève au début du XIXe siècle avec l’arrivée des Européens et les bouleversements considérables que cette arrivée provoque dans les sociétés océaniennes.
Le choix de Kamehameha 1er, unificateur du royaume d’Hawaï, comme figure emblématique de cette période finale est particulièrement évocateur. Il symbolise un monde océanien capable de construire ses propres Etats et ses propres équilibres politiques au moment même où l’expansion européenne vient profondément modifier cet univers.
L’arrivée des Européens entraîne en effet des transformations démographiques, économiques, politiques et culturelles parfois dramatiques.
Au final, il s’agit d’un ouvrage superbement illustré (comme toujours dans cette magnifique collection), volumineux (plus de 760 pages !) qui est appelé à devenir un ouvrage essentiel pour ceux et celles qui veulent en connaître plus sur l’Océanie ancienne. A lire avec gourmandise et délectation.
Franck Dupire
Dominique Barbe, L’Océanie ancienne : de Maui à Kamehameha 1er, dernière glaciation- début XIXe siècle, Belin, collection « Mondes Anciens », 761 pages, avril 2026, 51 euros
