Le portier, tragédie new-yorkaise

Né à Brooklyn, Chris Pavone a sûrement New York au fond des veines. On lui doit six romans, dont Deux nuits à Lisbonne, paru en français à la Série noire en 2023. Le portier sera son second. Pour quel résultat ?

Un immeuble envié

« Campé sur son petit bout de territoire, dans la rue propre et calme devant le Bohemia, Chicky Diaz songe : il y a dans cette ville un tas de super endroits pour tuer quelqu’un.

Il y a les vastes zones industrielles de Hunts Point et de Maspeth. Il y a les passages sous les ponts, les autoroutes et les bretelles d’accès, tous ces endroits vides emplis d’échos bruyants, envahis de fourgonnettes abandonnées, de campements de sans-abri et de monceaux d’ordures. »

Le Bohemia est un immeuble juste en bordure de Central Park. Les copropriétaires sont tous très riches, Wasp et juifs en majorité. Le personnel de l’hôtel est majoritairement noir et hispanique, toujours aux petits soins pour les propriétaires qui, au mieux, les ignore. Chicky Diaz, le portier, est l’un d’entre eux. Chicky est un ancien militaire. Il vient de perdre sa femme, doit beaucoup pour à l’hôpital pour ses soins et doit payer les études de ses filles. Chicky risque les huissiers, l’expulsion. Chicky travaille beaucoup, tant pis pour son sommeil.

Une émeute menace après l’assassinat d’un noir par la police. Beaucoup de propriétaires ont peur. Emily Witworth pense surtout à elle, à sa liaison avec Julian et à sa détestation de son mari, Whit. Ce dernier, obsédé par sa femme, couche avec des prostituées qui lui ressemblent et joue à les étrangler. Chicky l’a vu.

Et un soir, voilà que des cambrioleurs masqués débarquent. Ils servent de Chicky pour pénétrer dans les appartements et voler ce qu’il y a de précieux. Tout cela va mal finir…

Comme un délicat parfum de Tom Wolfe…

Indéniablement, Le portier évoque Le bûcher des vanités, formidable roman de Tom Wolfe de la fin des années quatre-vingt qui racontait tous les drames potentiellement contenus dans la société new-yorkaise. Les personnages de Chicky et d’Emily intéressent le lecteur. Voici un roman bien construit, efficace, prenant qui fera les délices de l’amateur. À essayer.

Sylvain Bonnet

Chris Pavone, Le portier, traduit de l’anglais par Jean Esch, Gallimard « Série noire », mai 2026, 528 pages, 24 euros

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