Le marxisme écologique, un oxymore?

Marius Bickhardt est doctorant en science politique au Centre d’études européennes de Science Po et travaille sur la surpopulation dans le malthusianisme environnemental. Gauthier Delozière est aussi doctorant mais en théorie politique à Science Po Paris. Quant à Cannelle Gignoux, elle est doctorante (une de plus) en philosophie à l’université Paris 8. Ce trio d’intellectuels a choisi d’écrire un volume de la collection « repères » au… marxisme écologique et c’est osé.

Un paradoxe

A priori, leur démarche est paradoxale. Marx est vu (et de nombreux textes de sa plume vont dans ce sens) comme un champion du productivisme, un rejeton du progressisme occidental et technologique. Or, de nombreux textes, surtout vers la fin de sa vie, particulièrement sur la question de l’agriculture, montre qu’il avait intégré la contrainte environnementale, le risque d’épuisement des sols. Surtout, il s’intéresse dès 1844 à la nature (dans la droite ligne de nombreux penseurs allemands, avant et après lui). Marx, pour autant, ne peut pas être qualifié d’écologiste, les trois auteurs en conviennent, mais sa pensée est certainement plus complexe.

Une pensée récupérée ?

On a compris que Karl Marx était un critique de l’agriculture intensive qui naît en son siècle. La deuxième partie de l’ouvrage montre comment sa théorie est peu à peu utilisée au profit de ce qui va devenir l’écologie politique pour penser la critique d’un monde capitaliste qui engendre l’anthropocène et le réchauffement climatique, phénomène scientifique indéniable n’en déplaise aux cuistres. On a plus de mal à suivre nos trois auteurs dans l’aggiornamento qui se créée à gauche autour de la théorie marxienne de l’émancipation et de la notion de « Capitalocène » : on quitte un peu le rivage du débat théorique pour aborder un nouveau monde partisan. Mais pourquoi pas, cela aide toujours à réfléchir face à l’urgence actuelle… A lire bien sûr.

Sylvain Bonnet

Marius Bickhardt & Gauthier Delozière & Cannelle Gignoux, Le marxisme écologique, La Découverte « repères », avril 2026, 128 pages, 11 euros

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