L’impératrice Eugénie, un portrait tout en nuances

Historien, Raphaël Dargent s’est fait remarquer du public des amateurs d’histoire avec deux biographies récentes de la reine Marie-Amélie (Tallandier, 2021) et de Philippe Egalité (Tallandier, 2025). Il avait auparavant signé une biographie de l’impératrice Eugénie parue chez Belin en 2017 et qui a été rééditée l’été dernier chez Alpha.

Une Espagnole qui devient impératrice des Français !

Singulier destin que celui d’Eugénie de Montijo. Issue d’une très bonne famille, Eugénie est aussi la fille d’un officier espagnol rallié au Premier Empire, la famille connaît donc quelques vicissitudes après 1815, effectuant plusieurs séjours en France et à Paris. Eugénie rencontre Stendhal qui se fait plaisir de raconter ses souvenirs et aussi Prosper Mérimée : ce dernier pas vraiment un précepteur ordinaire, s’attache à la jeune fille et à sa famille. Eugénie et sa sœur Paca perdent leur père très tôt. Paca fait un beau mariage en Espagne, Eugénie reste à Paris, attirant l’attention d’un certain Louis-Napoléon Bonaparte, bientôt élu président de la République. Eugénie est très belle, Louis-Napoléon veut la séduire… Mais la belle espagnole résiste : ce sera le mariage ou rien ! devenu empereur, Napoléon III cherche une promise. Les cours européennes hésitent à lui donner une princesse, il décide donc de l’épouser : au moins est-ce un mariage d’amour, dit-il. La réalité sera plus complexe.

Entre légende noire et dorée

Eugénie sera beaucoup moquée par les opposants à l’empire. On la décrit comme stupide, parvenue, superficielle, obsédée sexuelle, lesbienne, bigote etc. La réalité est plus complexe. Elle est là pour mettre au monde un héritier, chose faite en 1856 avec la naissance de Louis, pour le plus grand dépit du prince Napoléon dit « Plon-Plon ». Soucieuse de son image, habitée par le souvenir de Marie-Antoinette, Eugénie multiplie les gestes pour bien se faire voir de l’opinion. Son influence devient plus importante dans la décennie 1860, défendant le pape tout en essayant de maintenir l’Italie. Eugenie a en tête le rang de la France, menacée depuis la défaite autrichienne de Sadowa et l’ascension de la Prusse. Malade, Napoléon III se laisse entraîner dans la désastreuse guerre de 1870. Elle se montre dure avec lui lors de leurs télégrammes d’août 1870 car elle pressent que le régime ne survivrait pas à une défaite militaire. Elle se réfugie en Angleterre, bientôt rejoint par son fils et par l’empereur déchu. La vie d’Eugénie est une suite de deuils : mort de Napoléon III, puis du prince impérial. Elle vit dans un univers un peu compassé, reçoit de rares visiteurs et meurt en 1920. Elle aura en 1918 un dernier geste politique en transmettant une lettre de Guillaume Ier, où ce dernier avouait que l’annexion de l’Alsace-Lorraine n’avait qu’un but politique et militaire, à Clemenceau qui lui en saura gré.

Drôle de vie, bien peinte ici par Raphaël Dargent.

Sylvain Bonnet

Raphaël Dargent, L’impératrice Eugénie, Alpha « histoire », août 2025, 590 pages, 13 euros

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