Et puis on aura vu la mer, un monde à la dérive

Un auteur à découvrir

Qui est Tristan Saule ? Libraire à Auxerre, il s’appelle dans le civil Grégoire Courtois et publie des dystopies (Suréquipée, Les agents). Sous le pseudonyme de Tristan Saule, il écrit des romans noirs, très noirs, et a entrepris avec Les Sept Robes de publier une vision des années Macron qui lui a donné le prix Arsène du polar francophone pour l’année 2026. Et puis on aura vu la mer, paru chez Le Quartanier en 2024, explore cette veine noire.

Femmes en péril

« Il y a une agrafeuse sur le bureau. C’est bien, une agrafeuse. Ça peut faire mal. Pas les agrafes, bien sûr. On s’en fout, des agrafes. Non, c’est l’agrafeuse elle-même qui est intéressante. Un bel objet en métal, petit et lourd, si on le jetait assez fort, au milieu de son front, ça ferait une bonne entrée en matière. »

Sabrina est une mère célibataire qui est ATSEM dans une école maternelle de Monzelle, une ville de banlieue où tout se dégrade lentement. Elle élève seule ses deux enfants, Kylian et Esteban, et a monté une association avec ses deux amies Mathilde et Zineb. Un jour, débarque dans sa vie une femme muette. Sur son passeport, elle s’appelle Iryna et est ukrainienne. Sabrina entreprend de l’aider. Un gosse du quartier surprend peu après deux gars qui posent des questions sur une femme disparue. Ils ressemblent à des Russes et paraissent suspects.

Mais Iryna est en réalité Romane, une jeune paumée qui a ramassé le passeport d’Iryna tandis que celle-ci s’enfuyait. Sabrina, quand elle l’apprend, se braque. Cela ne l’empêche pas de partir à sa recherche lorsque Romane est enlevée par les deux gars. Commence alors une belle équipée…

Un polar de notre temps

Tristan Saule livre ici un roman connecté à notre actualité, se déroulant d’ailleurs juste avant le premier tour de l’élection présidentielle de 2022 (dont la plupart des protagonistes se moquent éperdument). En arrière-plan on trouve la guerre en Ukraine et ses réfugies et aussi ces cités où tout se dégrade, avec des pouvoirs publics indifférents ou passifs. Sabrina et ses amies font de leur mieux, on trouve même en elles une illustration de la common decency chère à George Orwell.

Et puis on aura vu la mer est une excellente découverte.

Sylvain Bonnet

Tristan Saule, Et puis on aura vu la mer, Rivages, mars 2026, 290 pages, 9,50 euros

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