Once a Thief (Les Associés), de John Woo
Dernier titre sorti dans la série de rééditions de films de John Woo entamée il y a quelques mois chez Metropolitan Filmexport, Once a Thief (en français, Les Associés – à ne pas confondre avec Les Associés de Ridley Scott). Ce film, sauf erreur, n’a jamais connu une brillante carrière en France, mais les bonus sont là pour nous rappeler qu’il permit à John Woo de se relever, financièrement et moralement, de l’échec d’Une balle dans la tête, et qu’il compte, aujourd’hui encore, parmi ses plus grands succès.

Historiquement, c’est assurément une œuvre intéressante puisque, outre ce qu’on vient dire, on y trouve un certain nombre d’éléments chers à John Woo. Toute la première partie se déroule à Paris, comme, trente ans plus tard, son remake de The Killer, et le choix de ce décor – même si le Louvre où l’on s’aventure n’est clairement pas le vrai Louvre – est un moyen pour Woo de rendre hommage à la Nouvelle Vague française qui l’avait tant impressionné. Le trio « une femme et deux hommes » qui est au centre de l’histoire s’inspire directement, de l’aveu même du réalisateur, du Jules et Jim de Truffaut (notons quand même en passant qu’une affiche sur un mur nous indique qu’il y a aussi – sur le même thème – un parfum de Butch Cassidy et le Kid), et cette structure, si on peut l’appeler ainsi, allait être discrètement reprise par Woo dans Mission Impossible 2. Ajoutons que nombre de séquences d’action – dont certaines dues à l’équipe de Rémy Julienne – sont impressionnantes. De ce point de vue-là, Les Associés est bien un film conforme à la géométrie de John Woo.
Mais les choses se compliquent lorsqu’on songe que ce film, conçu et réalisé en l’espace de trois mois parce qu’il fallait à tout prix qu’il soit prêt pour le Nouvel An chinois – autrement dit, c’était l’équivalent d’un film familial de Noël en France – , est censé être une comédie. L’intrigue tourne autour de vols de tableaux, principe qui a déjà donné lieu dans le genre à d’excellentes choses, par exemple Comment voler un million de dollars de William Wyler ou le Thomas Crown de John McTiernan, mais les séquences comiques sont ici d’une lourdeur affligeante. Il s’agissait, en 1991, de rivaliser avec certains films de Stephen Chow. Pour ceux à qui ce nom ne dit rien, Stephen Chow était un peu au cinéma de Hong Kong ce que Philippe Clair a pu être au cinéma français. Il faut par exemple beaucoup d’abnégation pour voir jusqu’au bout son Bons Baisers de Pékin, parodie éléphantesque des « James Bond ».
Certes, la lourdeur peut être à l’occasion un ressort comique, mais il y a plus déconcertant encore dans ces Associés. Que les héros puissent passer sans encombre à travers les déluges de coups de feu tirés par leurs adversaires, voilà qui pourrait être drôle (c’est d’ailleurs l’une des licences poétiques coutumières de Woo). Mais à ce genre de scènes s’ajoutent des séquences où l’on tue et égorge de la manière la plus réaliste qui soit. L’humour noir est évidemment une chose qui existe, mais il n’est pas sûr qu’il ait vraiment sa place dans une rom-com. En tout cas, tous ceux qui avaient appris à l’école que la mort est l’élément qui distingue une tragédie d’une comédie en douteront.
FAL
Once a Thief (Les Associés), un film de John Woo, avec Kong Chu, Leslie Cheung, Chow Yun-Fat. 4K + Blu-ray, 1h47, Metropolitan Film & Video, 34,99 euros
