Vie et mort des Français d’Algérie, un peuple oublié
Professeur d’histoire émérite à l’université de Paris-Sorbonne, Jacques Frémeaux est un grand spécialiste de la période coloniale, particulièrement du Maghreb et de l’Algérie. On lui doit d’excellents ouvrages comme La question d’Orient (Fayard, 2015), La conquête de l’Algérie, la dernière campagne d’Abd el-Kader (CNRS, 2016). Ici, il se propose de revenir sur l’histoire des Français d’Algérie, de la conquête à l’exode.
Des racines variées

On parle donc là de ceux qu’on appellera les pieds-noirs, des colons venus de France et aussi d’Espagne, d’Italie, d’Allemagne et même de Malte. Ils arrivent dès la décennie 1830, faisant face à des conditions sanitaires déplorables, aux maladies et aussi à la guerre. Mais beaucoup s’accrochent, faisant ainsi de l’Algérie une des rares colonies françaises de peuplement (avec la Nouvelle-France et, de façon plus anecdotique, la Nouvelle-Calédonie). Ces colons s’affirment vite de sensibilité républicaine, y compris sous le second Empire. Malgré la création de villages agricoles et le développement de grandes exploitations (notamment dans la vigne), les européens d’Algérie sont avant tout urbain. Ouvriers, petits commerçant, dockers, fonctionnaires, médecins, enseignants, tels sont leurs métiers. Ils vivent à côté des arabes, parfois en bonne intelligence. Mais la fracture coloniale (sans doute pensent-ils qu’elle les protège) empêche l’égalité.
La catastrophe de l’indépendance
Les Français d’Algérie ne voient pas venir, dans leur majorité, les périls. Ils vivent entre eux, travaillent, vont à la plage le dimanche. En 1954, ils sont un million, en comptant la minorité juive qu’ils ont longtemps mise de côté, contre plus de neuf millions de musulmans. Ils ont des députés et des sénateurs à Paris, qui les défendent en lien avec un lobby colonial qui bloque les rares tentatives de réforme. Lorsque la guerre éclate, beaucoup ont peur que ça se termine par l’indépendance, ce qui débouche sur les évènements du 13 mai 1958. Puis de Gaulle revient au pouvoir : la suite est connue et très bien racontée par Jacques Frémeaux, du putsch aux accords d’Evian en passant par la création de l’OAS. Au fond, ce livre raconte une tragédie, celle de gens qui ont dû renoncer à leur pays qui accédait, légitimement, à l’indépendance. Un traumatisme dont on sent encore les traces aujourd’hui.
Excellent ouvrage.
Sylvain Bonnet
Jacques Frémeaux, Vie et mort des Français d’Algérie, Perrin, septembre 2026, 528 pages, 24 euros
