les parfumeurs et la cour de France, une histoire particulière
Historienne du luxe
Alice Camus Mignen est une historienne indépendante qui a travaillé auprès du Centre de recherche du château de Versailles et aussi pour des entreprises du secteur du luxe et de la parfumerie. Sa thèse de doctorat portait sur les parfumeurs et la cour de France de Louis XIV à Louis XV, tout le sujet du livre qu’elle vient de publier chez Perrin. Et pourquoi pas ? Alain Corbin l’a précédé avec ses travaux et a montré ce que l’histoire des odeurs pouvait nous apporter pour comprendre le passé. Eh oui, il n’y a pas que la politique en Histoire.
Naissance du parfum français

Il faut se représenter ce qu’était l’Ancien Régime, un univers où les règles d’hygiène étaient différentes (Louis XIV se lavait rarement). Les parfums, c’est d’abord quelque chose qui vient d’Italie, dans le sillage des deux reines issues de la famille Médicis, et donc une immigration dans la capitale qui finit par susciter bien des jalousies. C’est aussi une activité liée à la ganterie et à l’apothicairerie, qui finit par s’en séparer. Les parfumeurs ont une cible : la cour de France. Ils vont utiliser la fleur d’oranger, le jasmin, le musc, l’ambre, arrivés en Europe grâce aux compagnies des Indes (le commerce colonial et extraeuropéen a du bon). Rien de bon qu’un bon parfum pour mettre en valeur un courtisan et ses atours qui veut plaire.
C’est aussi l’histoire de familles de parfumeurs parisiens au service des Grands et de la famille royale, pas forcément toujours bons payeurs… Reste qu’une industrie naît à cette époque, spécifiquement française, qui met au point des stratégies commerciales. Bientôt ce modèle sera imité et fera surtout le bonheur d’une industrie du parfum du XIXe siècle à nos jours. Un livre épatant.
Sylvain Bonnet
Alice Camus Mignen, Les parfumeurs et la cour de France, préface de Lucien Bély, Perrin, juin 2026, 432 pages, 24 euros
