Charles IX, le roi désobéi

Auteur de biographies d’Henri II (Tallandier, 2009), François Ier (Perrin, 2015) et Diane de Poitiers (Perrin, 2017) – il a reçu pour cette dernière le grand prix de la biographie politique -, Didier Le Fur est un des meilleurs spécialistes actuels de la France de la Renaissance. Il a choisi ici de s’intéresser à une figure un peu excentrée de son champ historique de référence, quoique liée : Charles IX, le roi de la Saint Barthélémy, le « Charly nine » de Jean Teulé. Qui était Charles IX ? Difficile de répondre à cette question, peu d’écrits de sa plume nous sont parvenus. Mais son parcours et son règne sont à redécouvrir.

L’homme qui ne devait pas être roi

Il faut dire que le jeune Charles n’était pas destiné à devenir initialement roi de France. Il y a son père, Henri II, un roi encore jeune qui a disputé durant douze ans l’hégémonie sur l’Europe à Charles Quint puis à Philippe II. Il meurt stupidement en 1559 lors d’une joute. Et il y a son frère François II, mariée à la belle Marie Stuart et lié au clan des Guise. François II, roi jeune et faible, a une mauvaise santé et meurt de la Tuberculose en 1560. Et voici le jeune Charles roi à dix ans, sous la régence de sa mère Catherine de Médicis. C’est le moment aussi où la France subit le plus l’attraction de la Réforme.

Un parti protestant et protestataire

Didier Le Fur nous peint un parti protestant qui en vient à contester l’autorité royale, sans remettre en cause son attachement à la personne du Roi. Bien des nobles, l’amiral de Coligny en tête, en viennent à rallier le protestantisme, lui donnant ainsi des cadres et une assise sociale forte, y compris parmi les princes du sang (Condé, Antoine de Navarre). Les guerres de religion sont aussi une guerre entre princes, où les liens issus de la féodalité sont remis à l’honneur. Si Catherine et son fils peuvent compter sur l’action de Michel de L’Hospital pour pacifier le royaume, Didier Le Fur nous montre aussi des protestants inquiets, susceptibles, demandant sans cesse de nouvelles garanties, contestant tout en s’en défendant l’autorité d’un roi dont ils espèrent la conversion. Un drame se noue et se joue durant la décennie 1560. Le problème n’est pas seulement religieux mais politique : la maladresse protestante ne peut finir que par braquer le roi et ses conseillers.

La Saint Barthélémy malgré le roi ?

Lorsque Coligny est victime d’un attentat, Charles IX n’y est pour rien. Mais lui et ses conseillers voient le risque se profiler, les protestants s’enhardir, une nouvelle guerre enfin s’annoncer. Alors, ils décident une sorte de « coup de majesté » et de supprimer Coligny et les principaux chefs du parti, présents pour le mariage d’Henri de Navarre avec la sœur de Charles IX. On connait la suite et le massacre commis à Paris et ailleurs par le peuple catholique. Pris de court, Charles IX finit par couvrir l’ensemble du processus et à revenir sur les termes de l’édit de pacification de 1570. Peine perdue, la guerre menace. Le roi meurt en 1574, sans héritier mâle légitime, laissant un royaume de France déchirée par la guerre civile.

Drôle d’itinéraire, bien retracé ici.

Sylvain Bonnet

Didier Le Fur, Charles IX, Passés composés, août 2026, 700 pages, 31 euros

Laisser un commentaire