1815, le temps du retour : restituer l’art en France après l’Empire napoléonien
Professeure d’histoire de l’art à l’université technique de Berlin, Bénédicte Savoy a écrit deux ouvrages sur la restitution d’œuvres d’art dans un cadre postcolonial : Restituer le patrimoine africain (Seuil, 2018) et Le long combat de l’Afrique pour son art, histoire d’une défaite postcoloniale (Seuil, 2023). Ici, elle a choisi de s’intéresser à un sujet similaire, après la chute de Napoléon.
Le pillage de l’Europe ?

Sujet peu connu mais sensible : à partir de 1792, la France est en guerre avec l’Europe des rois et, au fur et à mesure de ses conquêtes, confisque, récupère, s’approprie des œuvres d’art en Belgique, en Allemagne et en Italie, plus tard en Espagne. On parle ici de toiles de Rubens, de Raphael, du Titien, de Vinci. Les livres rares sont aussi concernés ainsi que la statuaire antique. Ces œuvres sont peu à peu rassemblés au Louvre sous l’égide de Vivant Denon. Ces confiscations vont de soi pour les Français : leur pays est devenu l’antre de la Liberté, puis le siège du grand Empire de Napoléon et voir ainsi toutes ces œuvres rassemblées à Paris est un ravissement pour les visiteurs. Mais en 1814, c’est la chute de l’Empire. Le traité de Paris n’aborde pas le sujet des œuvres d’art, malgré des demandes allemandes et espagnols (ces derniers obtiennent des restitutions d’œuvres jugés au mieux de deuxième ordre par Denon). Il n’en est pas de même en 1815, après la défaite française à Waterloo où le contexte est plus favorable à ce type de demandes. Londres, après une période de flottement (et si ces trésors venaient sur la Tamise ?) se montrant plus compréhensive.
Des enseignements pour aujourd’hui ?
Débat il y eut dans l’opinion publique française et européenne sur la nécessité ou non de ces restitutions. Denon résiste bien sûr et, de fait, un certain nombre de ces œuvres sont toujours en France. Mais les états italiens et allemands récupèrent un grand nombre de trésors perdus. S’ensuit aussi une réflexion sur la notion de patrimoine commun. Ces objets artistiques sont ainsi vus comme des morceaux de conscience collective, dérobés par les Français (qui en ont pris grand soin, notons-le). L’historienne y voit une préfiguration des débats récents sur la restitution des objets d’art africain transportés en France du temps de la colonisation. Sa démonstration est intéressante. A lire pour réfléchir.
Sylvain Bonnet
Bénédicte Savoy, 1815, le temps du retour, La Découverte, janvier 2026, 320 pages, 22 euros
