Une autre histoire du luxe, des thermes romains à LVMH
Agrégée de philosophie, ancienne conseillère au ministère de l’Éducation Nationale, Emma Carenini a notamment écrit Soleil. Mythes, histoire, sociétés (Le Pommier, 2022) où elle revenait sur notre histoire très personnelle avec l’étoile suprême. Ici, elle revient sur le luxe et essaie d’en proposer une autre histoire, comme le dit le titre.
À contre-courant

Il faut dire que notre philosophe part d’une hypothèse iconoclaste : et si au lieu de concerner une caste réduite, une élite, le luxe était destiné au plus grand nombre ? Au moment où le comportement de certains riches est vilipendé, cela ne manque pas de sel. L’autrice rappelle que l’idée de luxe est liée à celle de beauté. Pendant l’antiquité, thermes et jardins étaient accessibles au plus grand nombre (et c’était même souhaité). A l’époque moderne encore, le Palais Royal et ses jardins sont accessibles aux Parisiens. L’eau courante, l’électricité, la voiture (un passage de son livre est particulièrement intéressant d’ailleurs) étaient réservés à l’élite et aujourd’hui sont l’apanage du plus grand nombre. Et pourtant, le luxe et son industrie sont vilipendées. Alors ?
Stop ou encore ?
Rousseau voyait le luxe comme un instrument de corruption : beaucoup prolongent sans le savoir son discours. Emma Carenini voit surtout combien nous sommes les héritiers d’un luxe public, des colonnes corinthiennes aux immeubles haussmanniens tandis que se développe des espaces publics qui en sont l’antithèse. La notion d’ornement, si chère aux architectes du XIXe siècle qui y voyait une expression de la beauté, est aujourd’hui vilipendé… et en même temps regardé par beaucoup avec nostalgie. Faut-il y revenir ? En tout cas, la notion de luxe est riche, polysémique et mérité mieux que la caricature qui en est souvent donné dans certains médias.
Sylvain Bonnet
Emma Carenini, Une autre histoire du luxe, Passés composés, avril 2026, 192 pages, 19 euros
