Traduire au futur, quand la traductologie rencontre la science-fiction
Science-fiction et langage

Alice Ray, maîtresse de conférences à l’Université d’Orléans, a consacré une thèse à ce sujet difficile de la traduction dans la science-fiction intitulée « Traduire les termes du futur : analyse du traitement des termes-fictions dans la traduction de l’anglais au français de la littérature de science-fiction ». Il faut signaler tout de suite que le genre de la science-fiction s’est très vite intéressée au langage, des Langages de Pao de Vance à L’enchâssement de Ian Watson. Les auteurs ont imaginé des langues du futur, tant pour les humains que pour des extraterrestres. Frank Herbert, pour Dune (Alice Ray en parle ici) s’est inspiré de l’anglais, du français et de l’arabe pour imaginer les termes de son univers, déformant volontairement certains mots (Fedaykin au lieu de Fedayin). Michel Demuth a dû à l’époque fournir un travail proprement titanesque.
L’art complexe de la traduction
Passer ces textes de l’anglais au français, dans beaucoup de cas, s’avère être difficile. On plaint le traducteur de Dune et encore plus celui d’Orange Mécanique où Anthony Burgess a inventé un vocabulaire. C’est là que le traducteur devient un créatif, surtout quand il s’agit de traduire des langues inventées de toute pièce : la témérité se substitue alors au courage. Traduire des langues inventées de l’anglais au français relève aussi de l’exploit. Les révisions de traduction posent aussi des problèmes. Elles sont parfois rejetées par les fans. Et cela peut aussi concerner une bande dessinée comme Watchmen, traduite à l’époque par Jean-Patrick Manchette. Au point que la révision proposée des années plus tard, très contestée, suscitera le maintien de la version Manchette pour les éditions suivantes.
Un essai novateur.
Sylvain Bonnet
Alice Ray, Traduire au futur, Le Bélial collection « Parallaxe » illustration de couverture de Cédric Bucaille, avril 2026, 256 pages, 19,90 euros
