Etranger à la dérive, la saga de Weldon
Qu’est-ce qui fait courir James Lee Burke ? A presque quatre-vingt-dix ans, l’écrivain américain deux fois lauréat du prestigieux Edgar Award, adapté (on ne le répétera jamais assez) avec un talent rare au cinéma par Bertrand Tavernier (Dans la brume électrique), continue d’enchaîner les romans avec une aisance incroyable. Et son talent ne se dément pas : Les jaloux, paru en 2023 en France, est une grande réussite. Etranger à la dérive vient de paraître et fait partie de son cycle consacré à la famille Holland.
De Bonnie Parker à l’antisémitisme
« Cette année-là, aucune saison ne ressemblait à ce qu’on en attendait. Les journées étaient chaudes et l’air difficile à respirer sans foulard, et les nuits froides et humides, la toile à sac mouillée que nous devions clouer sur les fenêtres raidie par le gravier soufflé en nuées venues de l’ouest dans un bruit pareil à celui d’un train qui grince à travers la prairie. »

1934. Weldon Avery Holland, seize ans, élevé par son grand-père, ancien shérif qui a eu maille à partir avec John Wesley Hardin (je vous renvoie au disque éponyme de Bob Dylan), rencontre Clyde Barrow et Bonnie Parker après l’un de leurs braquages. Il est ébloui par Bonnie. Cela ne l’empêche pas de tirer sur leur voiture dès qu’il les sent menaçants. Weldon devient ensuite sous-lieutenant pendant la seconde guerre mondiale et combat dans les Ardennes, devenant ami avec un de ses hommes, Herschel Pine. Découvrant un camp d’extermination nazi, Weldon rencontre une jeune femme, Rosita Lowenstein. Elle est juive, espagnole, de la famille de Rosa Luxembourg. Il lui sauve la vie. Elle est emmenée pour des interrogatoires par l’armée mais Weldon retrouve sa trace à Paris. Il l’aime, elle aussi, ils se marient. Revenus au Texas, Weldon s’installe avec sa femme et retrouve son grand-père qui l’accepte sans problèmes. Associé avec Herschel pour découvrir des gisements de pétrole, Weldon ne se doute pas qu’il met le doigt dans une fourmilière. Les pétroliers américains n’ont pas de scrupules et sont prêts à tout pour tuer un concurrent. Ayant hérité du sens de la justice de son grand-père, Weldon, avec Rosita, fera face malgré tout.
Comment fait-il ?
Etranger à la dérive marque. Etranger à la dérive secoue. Etranger à la dérive rappelle que les Etats-Unis, encore en pleine transe trumpiste, ont encore des grands écrivains qui œuvrent dans l’ombre pour laisser des livres marquants. Voilà que Burke nous donne le roman sur l’antisémitisme en Amérique, dans le Sud, avec tout son cortège de préjugés et de rancœurs sociales et raciales (vis-à-vis des noirs). C’est une histoire très riche, dense que nous donne mister Burke. C’est excellent, bien écrit, bien mené, enthousiasmant, triste parfois. Mais aussi plein d’espoir. Un grand écrivain ce James Lee Burke, je ne cesserai de le répéter.
Sylvain Bonnet
James Lee Burke, Etranger à la dérive, traduit de l’anglais par Christophe Mercier, Rivages, juin 2026, 380 pages, 22 euros
