La machine Spotify, la marchandisation de la musique à l’ère du streaming

Journaliste à The Guardian, critique musicale, Liz Pelly est aussi écrivaine. La machine Spotify se veut un essai sur la manière dont la plateforme Spotify et le streaming fonctionnent, fondé sur les témoignages d’anciens employés, de directeurs de label, d’artistes aussi. Le résultat, quand on a été adolescent dans la décennie 1990 à un moment où la musique rock jetait ses derniers feux, est tragique.

Playlists et musique fantôme

Au cœur de Spotify, la playlist. La plateforme s’est fait connaître en proposant à ses abonnés des listes de chansons convenant pour des moments particuliers de la vie du quotidien avec une idée : le chill, le frisson dans la langue des Beatles, seul à même d’enchanter l’auditeur. Derrière ces playlists, des algorithmes (voire des IAs) qui tournent afin de mieux nous cerner, comprendre nos goûts afin de nous proposer une musique qui nous va, sans être forcément composées de chansons d’auteurs connus. Car Spotify fait enregistrer des morceaux de « muzak », ce qu’on appelait autrefois la musique d’ascenseur. On n’écoute pas vraiment mais ça berce. On est loin des Stones ou de Miles Davis. Ces morceaux ne coûtent pas cher, sont rétribués aux musiciens, comment dire, de façon très modique. Et rapportent beaucoup. Sans aucune prise de risques.

Quel avenir pour la musique ?

Quand on a aimé le rock, la soul et le jazz, lire La machine Spotify est édifiant. L’ascension de cette plateforme scandinave s’est faite dans l’euphorie numérique des années 2000. Il est clair que le modèle proposé ici est pourtant viscéralement contre l’audace artistique, contre les innovateurs : qui imagine Spotify financer ou soutenir la trilogie berlinoise de David Bowie, comme une maison de disques pouvait le faire ? Retenons, je me répète que les auteurs (et les musiciens) sont rétribués des clopinettes : comment des musiciens peuvent-ils trouver juste de quoi vivre dans ce système ? En France, le système des intermittents du spectacle est souvent vilipendé en raison de son coût mais le livre l’érige presque en modèle tant beaucoup de musiciens en tirent de quoi vivre. Un essai qui doit amener à revoir nos pratiques culturelles et l’usage du streaming.

Sylvain Bonnet

Liz Pelly, La machine Spotify, traduit de l’anglais par Yoann Gentric, Actes sud, avril 2026, 384 pages, 21,50 euros

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