Les ressorts de la puissance, organiser la défense

Voici un ouvrage collectif coédité par les éditions Perrin et le ministère des armées consacrée à l’administration de la défense sous la Ve République, donc de 1958 à nos jours. Frédéric Fogacci, directeur des études et de la recherche de la Fondation Charles-de-Gaulle, Frédéric Turpin (connu pour ses biographies de Jacques Foccart et de Pierre Messmer) et Philippe Vial, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris I, se chargent de la direction scientifique. Notons la présence d’historiens comme Arnaud Teyssier et de « grands témoins » comme l’amiral Lanxade, chef d’état-major des armées sous François Mitterrand.

Le SGA, une réforme fondamentale

Cet ouvrage relate en fait comment le général de Gaulle en est venu à (re)créer en pleine guerre le secrétariat général pour l’administration (SGA). Non que la fonction n’ait pas existé auparavant, que cela soit au XIXe siècle ou même en pleine IVe république (on consacre ici à Louis Kahn, qui eut cette fonction en 1950-52, un passage éclairant. Cependant, la Défense restait marquée par la division entre armée de terre, Marine, aviation et la guerre d’Algérie posait également de nombreux problèmes. De Gaulle a connu également durant les années trente les difficultés à planifier et à organiser les relations entre les trois armes. Il va donc confier le poste de SGA à Bernard Tricot avec des objectifs clairs : doter la France de la dissuasion nucléaire, moderniser l’armée de terre, mener à bien la déflation des effectifs (ce qui inclut la désaffectation de certaines casernes). Le SGA s’occupe, avec et pour le ministre des Armées, des finances, des ressources humaines et des infrastructures. Cela marche tant que ministre et SGA s’entendent, comme c’est le cas entre Messmer et Tricot, puis son remplaçant Marceau Long.

Une réforme pérenne

A part un court intermède en 1986-88, le SGA est devenu un rouage essentiel du ministère des Armées. C’est le SGA et son administration qui se sont chargés de la mise en place de la suspension du service militaire et de la professionnalisation des armées dans la décennie 1990. C’est aussi le SGA qui exécuté des budgets militaires en nette baisse (les « fameux dividendes de la paix »), prévus par les différentes LPM, jusqu’en 2015. Et c’est toujours au SGA de prendre en charge la remontée des budgets face à la menace russe et au retour de la guerre en Europe depuis 2014. Se dessine aussi en filigrane de cet ouvrage un panorama d’un outil militaire resté performant, avec des personnels de qualité et motivés. Un livre éclairant.

Sylvain Bonnet

Frédéric Fogacci & Frédéric Turpin & Philippe Vial (sous la direction de), Les ressorts de la puissance, Perrin, juin 2026, 320 pages, 24 euros

Laisser un commentaire