Nord Sentinelle, un roman corrosif

Professeur de philosophie, Jérôme Ferrari s’est fait connaître du grand public avec Le sermon sur la chute de Rome, un roman étonnant qui reçut le prix Goncourt en 2012. Beaucoup d’entre nous cependant préfèrent son roman sur la guerre d’Algérie, Où j’ai laissé mon âme, écrit avec maestria, inspiré de l’histoire de Larbi Ben M’Hidi. Il revient cette année avec un court roman, Nord Sentinelle.

Fatalités croisées

Le narrateur est un enseignant né en Corse et dont la vie ne cesse de croiser l’itinéraire des hommes de la famille Romani. Il y a Alexandre, le tout dernier, connu du narrateur depuis sa plus tendre enfance, accusé du meurtre d’Alban Genevey pour une histoire de bouteille introduite illégalement. Alors qu’ils se connaissaient depuis leur plus tendre enfance ! Mais après tout l’ancêtre Pierre-Marie avait inauguré cette tradition de violence :

« En rencontrant Pierre-Marie Romani, la journaliste fut d’abord déçue qu’il ne ressemblât en rien au criminel redoutable dont elle avait promis le portrait au rédacteur en chef du magazine de faits divers pour qu’il consentît à l’envoyer en reportage. Elle imaginait mal ce jeune homme pâle et timide, à l’air touchant mais parfaitement inoffensif, devenir le héros de l’histoire tragique qu’elle espérait voir publier, sous le titre « Pour l’honneur ! A la rencontre des derniers bandits », dans l’édition spéciale de mars 1933. »

Pourquoi cette bêtise qui se répète de génération en génération ? Le narrateur, qui a voulu fuir deux fois son île natale et toutes ces histoires, essaie de comprendre.

Pourquoi ?

Le titre fait référence à « North Sentinel », une île du golfe du Bengale où les étrangers sont des intrus qu’il faut éliminer. La même chose existe-t-elle en Corse ? Pourquoi cela arrive-t-il, à l’heure du tourisme de masse qui fait vivre l’île ? Jérôme Ferrari nous parle de tout ça, de la bêtise aussi, de la difficulté à vivre notre époque saturée d’altérité. Un roman foisonnant et fascinant (et tout ça en moins de 180 pages chapeau bas !)

Sylvain Bonnet

Jérôme Ferrari, Nord Sentinelle, Actes sud, mai 2026, 167 pages, 7,70 euros

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