Le petit polémiste se marie de Ilan Duran Cohen

Une erreur fatale

Alain Conlang est une vedette du petit écran bien connue pour son émission à caractère gentiment polémique. Il est toléré pour montrer que la liberté d’expression existe. Malheureusement, lors d’un dîner il n’a pas réussi à tenir sa langue, il a dit un mot de trop, plutôt sexiste. Il est donc condamné à un an de rééducation dans un « Institut d’épanouissement », des « accompagnateurs de renaissance » le guident vers son renouveau.

C’est 1984 en 2036

Nous sommes en l’an de grâce 2036, la France est devenue le pays du bonheur. L’écologie a triomphé, la terre est redevenue saine au prix de quelques sacrifices : la viande et l’alcool sont rationnés, les vêtements recyclés… Grâce à l’Algorithme d’État, l’égalité entre tous les citoyens est réalisée. On a banni les mots « blanc » et « noir », trop clivants, on dit désormais « clair » et « sombre ». De même le mot « humain » est interdit : on lui a substitué le mot « vivant », qui ne fait plus aucune différence entre les humains et les animaux. La correction avant tout ! On peut être du sexe que l’on veut, trans, mâle, femelle, lesbienne ou lesbien, homosexuel ou autre : désormais nous sommes libres.  

Puisque tous sont égaux, les différences n’existent plus. Voilà pourquoi tous les condamnés à la renaissance prennent ensemble leur douche dans une parfaite nudité, passent au séchoir, et dorment côte à côte dans de vastes dortoirs… Dans le lit près de Colang est une certaine Blanche, qui a tenu à garder ce nom impossible elle n’est pas recommandable… elle lui fait de l’effet, lui aussi. Un jour sous la douche elle l’empoigne, il bande…

Voilà l’intrigue lancée… On connait la fin, le titre nous l’a dévoilée : le petit polémiste se marie. Mais pas comme on s’y attend bien que l’histoire finisse (tristement) bien… De façon paradoxale, on en retire l’impression d’un éloge de la soumission…

Rions ?

Notre auteur tente ici un genre particulièrement difficile : celui de la farce. L’idée était bonne, la réalisation m’a paru parfois laborieuse. Peut-être parce qu’il est difficile d’éviter les facilités, de marier la profondeur d’une critique à la caricature ? Par contraste, le livre de Goerge Orwell parait particulièrement réussi !

Ce roman est le cinquième qu’Ilan Duran Cohen publie chez Actes Sud, il est également cinéaste.

Mathias Lair

Ilan Duran Cohen, Le petit polémiste se marie, Actes Sud, avril 2026, 320 pages, 21 euros

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