J’avais bâti en rêve un palais de Dimitri Delmas
Le rêve du facteur Cheval
Pendant chaque jour que Dieu fait, même le dimanche, Ferdinand Cheval fait sa tournée de facteur : plus d’une trentaine de kilomètres à pied… alors en chemin il rêve … Un jour il bute sur une pierre. « Cette chute est une déflagration, écrit Delmas. Il s’effondre et se réveille, émerveillé. Une espace de liberté s’ouvre à lui ». Il la déterre : elle est naturellement sculptée ! Il finit par l’emmener chez lui.
Avec cette pierre d’achoppement, d’ « échappement » dit Ferdinand, il commence à bâtir le palais dont il rêve depuis des années. Nous sommes en 1879, le facteur Cheval a déjà quarante-trois ans. Il y travaillera pendant trente-trois ans, longtemps la nuit à la lumière d’une bougie, d’une lampe à pétrole car le jour il est facteur…
Dimitri Delmas est surtout connu pour son livre dans La Collection inavouable, En 2012, à la suite d’un banal contrôle douanier, les policiers découvrent, ahuris, un trésor au fond d’un appartement de Munich… Ils seront amenés à rassembler 1 500 peintures et dessins dont personne n’avait entendu parler depuis soixante-dix ans, de Matisse, Picasso, Courbet, Rodin, Canaletto, Emil Nolde, Delacroix Otto Dix, Renoir, Monet… Dimitri Delmas raconte comment Hildebrand Gurlitt, un conservateur qui dut se soumettre aux nazis, avait caché par devers lui, chez lui, toutes ces pièces d’un art dit « dégénéré » qu’il aimait…
Pendant quarante ans il a pioché
Avec une belle verve et une belle empathie, Dimitri Delmas a consacré un livre à la gloire du facteur Cheval : « Derrière cet homme simple et noble, il y a une démesure, le goût de l’exubérance ; une imagination baroque cohabite avec une humanité sans artifice », écrit-il. En effet, c’est un musée du monde qu’il bâtit, on y retrouve des emprunts à tous les pays, toutes les religions. Il a parsemé ses constructions de ses sentences, dont celle-ci :
« En cherchant j’ai trouvé, 40 ans j’ai pioché, pour faire jaillir de terre ce palais de fées. Pour mon idée mon corps a tout bravé, le temps, la critique, les années. »
Il aura la chance de voir son œuvre reconnue avant de mourir, même au niveau international. Il devient la coqueluche des surréalistes, qui y voient un art magique et médiumnique, ses voisins l’ont toujours pris pour un pauvre fou… André Breton lui consacre un poème dans son recueil Le revolver aux cheveux blancs. Le passage à Hauterives devient une étape du carnet mondain, on y voir défiler Picasso, Éluard, Man ray…
Malraux avait déclaré : « il serait enfantin de ne pas classer quand c’est nous, Français, qui avons la chance de posséder la seule architecture naïve du monde et attendre qu’elle se détruise ». Le palais sera classé au titre des monuments historiques en 1969. Aujourd’hui il est devenu un lieu touristique.
Mathias Lair
Dimitri Delmas, J’avais bâti en rêve un palais, Actes sud, mai 2026, 192 pages, 19,90 euros
