Pompidou contre de Gaulle, le premier duel de la Ve République
Ancien journaliste pour le journal L’Histoire et la radio Europe 1, Quentin Paillé signe ici son premier livre, Pompidou contre de Gaulle, qui sort chez Passés composés. Il n’est pas le premier à aborder cette relation singulière, on se souvient qu’Arnaud Teyssier l’avait aussi scruté. Que nous apprend donc cet ouvrage ?
Pompidou, une créature du Général ?

Quentin Paillé retrace avec minutie les origines de cette relation. Georges Pompidou, professeur de lettres, ne se destinait pas à la politique. Il ne fut par ailleurs pas résistant, contrairement à ceux qui sont devenus les Barons du Gaullisme (auquel Pierre Manenti a consacré un excellent livre) comme Michel Debré ou Jacques Chaban-Delmas. Il ne rejoint de Gaulle qu’à la Libération comme conseiller et il réussit à gagner la confiance du grand homme. Pompidou sait se rendre indispensable auprès de lui et prend une place singulière : il devient ainsi trésorier de la Fondation Anne de Gaulle. Pompidou devient un homme d’influence et de réseaux, particulièrement après son passage à la banque Rothschild et prend une part essentielle mais dans l’ombre lors de la naissance de la Ve République. Mais il ne devient pas ministre. Attend-il son heure ? Il joue en tout cas un rôle de premier plan dans les négociations avec le GPRA et succède à Michel Debré en 1962. Il s’oppose d’emblée à son mentor en annonçant sa démission si ce dernier fait exécuter le général Jouhaud, un des quatre protagonistes du putsch d’Alger. Et de Gaulle cède.
Rupture et duel
Au début le tandem fonctionne bien, de Gaulle laissant à Pompidou la gestion du pays et de la croissance économique tandis qu’il se consacre à la politique étrangère. Le Connétable constate cependant que Pompidou prend de l’épaisseur, assume son rôle de chef de la majorité, s’impose dans les médias face à des ténors de l’opposition comme Mendès-France ou Mitterrand. On parle bientôt de Pompidou comme d’un possible successeur, ce n’est jamais bon et d’autres le vérifieront plus tard ! Et puis Pompidou, à l’écoute de la société, plus conservateur, traîne des pieds devant l’idée de Participation, de Gaulle s’en irrite. Mai 68 les voit chacun chercher un moyen de sortir de la crise, Quentin Paillé le raconte avec minutie. Après avoir quitté Matignon, Pompidou constate la rupture avec de Gaulle, qui s’approfondit avec l’affaire Markovic… Pompidou fera ensuite campagne pour le oui au référendum d’avril 1969 du bout des lèvres, cela lui sera reproché. On connait la suite. Pompidou a cherché ensuite à normaliser sa famille politique, le Gaullisme. Sa mort brutale créée une crise qui voit l’arrivée de Giscard au pouvoir et la division au sein des gaullistes, une situation qui durera jusque dans les années quatre-vingt-dix au fond.
Ouvrage passionnant.
Sylvain Bonnet
Quentin Paillé, Pompidou contre De Gaulle, Passés composés, septembre 2026, 272 pages, 21 euros
