Les enfants perdus de François Sureau

More et Sureau

François Sureau nous l’annonce : avec Les Enfants perdus nous avons entre les mains le premier tome d’une feuilleton policier et historique des aventures d’un certain Thomas More.

Bien sûr, ce nom nous rappelle quelque chose : Thomas More (1478-1535) fut un avocat, un érudit, un homme d’État… soit, malgré les quelques siècles d’écart, l’exact portrait de François Sureau : lui aussi est avocat, il est académicien donc érudit, il fut avocat au Conseil d’État, écrivit un discours pour François Hollande, participa à l’écriture du programme d’Emmanuel Macron, pour finir par s’éloigner des politiques… Thomas More aussi s’éloigna d’Henri VIII d’Angleterre alors qu’il en était le chancelier, pour récompense celui-ci le fit exécuter pour crime de haute trahison : ici s’arrêtent enfin les ressemblances qui nous donnent à penser que même en écrivant un roman policier, l’écrivain peut y mettre de sa personne ! Thomas More fut canonisé par l’église catholique, François Sureau adore se ressourcer au monastère de la Grande-Chartreuse.

Le Thomas More du roman, lui, est un émérite commissaire spécial. Il se trouve prisonnier avec les soldats vaincus qui s’entassent dans la presqu’île d’Iges, après la défaite de Sedan, en 1870. L’atmosphère est guerrière, François Sureau connait : ne dit-il pas dans une interview au journal Le Monde que « la vie à l’armée, surtout sur les théâtres de guerre, étouffe le mal-être ». Un mal être dont il lui est arrivé de souffrir… Il est colonel, officier de réserve…

Mieux que Sherlock Holmes !

Mais revenons à l’intrigue du roman, dont bien sûr nous ne dévoilerons pas l’essentiel, nous en laissons le plaisir au lecteur. Sur le rivage de la presqu’île d’Iges, on retrouve le corps d’un capitaine de cuirassiers à l’étrange blessure, près de lui un pendentif orné d’une dent de sanglier… comme on n’en trouve pas en Europe… De plus Thomas More est engagé par le roi de Prusse pour résoudre une curieuse énigme : dans le bâtiment qu’il occupe, plus précisément dans le grenier, on a trouvé une femme étranglée et affublée d’un habit de religieuse qui ne semble pas être le sien : le roi risque d’être mêlé à cette affaire…  Heureusement, à côté de lui, Sherlock Holmes n’est qu’un amateur : Thomas More manifeste des qualités d’induction comme de déduction hors pair, il lui suffit d’un simple détail pour reconstituer la totalité d’une affaire. Et il en débrouille plus de deux dans le roman !  Il s’attaque également au mystère d’une série d’incendies d’églises sur la route qui le mène de Laon vers l’Alsace, c’est dire ! Ainsi le lecteur trouvera trois romans dans un seul !

On attend donc la suite du feuilleton. On peut supposer que Thomas More ne restera pas enfermé, comme à la fin de ce roman, dans un de ces lieux que François Sureau aime tant, mais lequel ? Chut ! Motus et bouche cousue ! (J’ai semé des indices, à vous de trouver).

Mathias Lair

François Sureau, Les enfants perdus, les aventures de Thomas More, Gallimard Folio, novembre 2026, 176 pages, 7,60 euros

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