Maylis Adhémar, L’École est finie
Maylis Adhémar transforme l’école en un bastion de la résistance. Dans L’École est finie, son troisième roman, elle situe l’histoire dans les années 1990 et plonge dans l’univers mental d’Al, garçon de neuf ans qui ne supporte ni les règles ni les devoirs. Et rien de cette institution qui, selon lui, le prive de son enfance. Avec Adeline et Vincent, un survivant du génocide rwandais, il fonde l’ACE — l’Association contre l’école — et transforme sa rébellion en une aventure secrète. Le point de départ pourrait convenir à un roman classique sur le passage à l’âge adulte ; mais ici, elle prend une autre dimension, car l’école n’est pas seulement le cadre de l’histoire, mais son thème central : que faire d’un enfant qui refuse de se conformer au moule que nous lui proposons ?

Le roman s’articule autour de la relation entre Al et son grand-père, Papy Robert, ancien gendarme et admirateur de Célestin Freinet. Face à une approche autoritaire de l’éducation, Freinet incarne une vision différente : construire à partir de l’enfant, de ses expériences, de sa curiosité et de son rapport au monde. Maylis Adhémar ne transforme toutefois pas son livre en un traité pédagogique. Elle tisse dans le récit des fils de l’histoire française et européenne — la Résistance, les polémiques autour de Freinet, le génocide des Tutsis — qui confèrent à la rébellion des enfants une profondeur inattendue. L’école apparaît ainsi comme un lieu où se transmettent non seulement des savoirs, mais aussi des rapports de force, des blessures émotionnelles et des façons de voir le monde.
Ce qui reste finalement, ce n’est pas tant une critique du système scolaire qu’une réflexion sur l’enfance et le passage à l’âge adulte. La structure en deux parties — qui nous réunit à nouveau avec Al dix ans plus tard — déplace progressivement le centre de gravité du récit : ce qui semblait au départ n’être rien d’autre que la guerre d’un enfant contre son professeur devient le souvenir d’une époque où se sont forgées une personnalité, des loyautés et une certaine conception de la liberté. Maylis Adhémar parvient ainsi à préserver l’esprit rebelle de son personnage sans réduire son roman à une simple nostalgie. L’École est finie traite certes de l’école, mais surtout de la manière dont nous traitons les enfants qui, un jour, refusent de se laisser entièrement définir par elle.
Loïc Di Stefano
Maylis Adhémar, L’École est finie, Gallimard, « folio », septembre 2026, 352 pages, 9,50 euros
