L’Incroyable histoire de l’humanité, une géohistoire des humains sur terre

Qu’est-ce que la géohistoire ?, me direz-vous… c’est une méthode d’analyse des sociétés humaines qui ne tient pas compte que de la géographie, mais aussi de l’anthropologie, la climatologie, la démographie, l’économie, etc.

Voici un bel exemple de cette intrication : lorsque les européens débarquèrent en Amérique du sud, les maladies qu’ils importèrent, telle la variole ou la rougeole, décimèrent les indiens, l’agriculture en fut d’autant réduite, les champs furent regagnés par la forêt amazonienne. Il en résulta une meilleure captation du CO2, il s’ensuivit une diminution de l’effet de serre, et donc une baisse de la température…

On sait qu’aujourd’hui on y abat les arbres à nouveau…

Du début à la fin

Christian Grataloup, spécialiste de la géohistoire, est ici entouré de Catherine Mory pour le texte, Philippe Bercovici pour le dessin, et Christian Lerolle pour la couleur. Ils nous offrent une somme de 280 pages qui nous fait voyager depuis la naissance de la terre jusqu’à notre époque, qualifiée d’anthropocène.

L’épilogue du livre nous rappelle que tout a une fin, même l’espèce humaine qui d’ailleurs pèse si peu sur terre : 0,01 % de la matière organique vivante… Plusieurs scenarii sont possibles : le soleil devient une géante roue, il avale ses planètes ; un trou noir passe par là, la terre y disparait ; une météorite de taille respectable fait la nuit sur terre… à moins que nous nous chargions nous-même de notre fin ?

Les mondialisations

Selon Christian Grataloup, des civilisations majeures s’étendant selon un axe central, de l’Europe au Japon, ont été à la source d’innovations techniques telles que la poudre à canon, l’imprimerie, les monnaies d’échange. Elles sont selon lui, les acteurs d’une première mondialisation : depuis plus de quatre mille ans, la Chine, l’Inde, l’Europe ont tissé des relations pour le meilleur des transmissions et métissages et le pire des guerres et invasions.

À partir du XVIème siècle, forte de sa technicité, l’Europe instaura un second régime de mondialisation qui n’eut rien d’heureux, quoi qu’en disent dès le XVIIème siècle les philosophes libéraux du doux commerce apportant la paix sur terre : celui de la colonisation…  Ce fut « le bon temps » de la « pax europeana », celui de sa domination sur le monde, du XVIIème siècle à 1945, date où, disent les auteurs, l’Europe s’est suicidée… Alors on raffolait des produits exotiques. Arrivant en Europe le sucre et le café le chocolat sont d’abord considérés comme des médicaments…  On s’habille avec des cotonnades imprimées qui viennent des Indes, on découvre la pomme de terre…

Nous sommes aujourd’hui huit milliards de sapiens fractionnés entre nations concurrentes. Nous occupons une mince couche oxygénée appelée atmosphère, entre la terre et le ciel, que nous dégradons…

Cette BD cartonnée si bien documentée se lit allègrement : preuve que la drôlerie peut s’allier à l’intelligence. Voilà un cadeau de Noël à faire à tout adolescent – qu’il soit jeune ou même vieux…

Mathias Lair

Catherine Mory (Scénario) Christian Grataloup (Scénario) Philippe Bercovici (Dessinateur) Christian Lerolle (Coloriste), L’Incroyable histoire de l’humanité, une géohistoire des humains sur terre, Les Arènes, août 2026, 282 pages, 25 euros

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