La fin du voyage, deux destins

Créateur du personnage du commissaire Erlendur Sveinsson, Arnaldur Indridason est devenu un des auteurs les plus connus dans le monde, un des plus vendus aussi (vingt millions de lecteurs, waouh). Mais il écrit aussi des romans en dehors de ses cycles et La fin du voyage, paru en 2024 en Islande, en fait partie.

L’Islande d’autrefois

« Les premiers feux du jour apparaissaient enfin à la lucarne. La ville s’éveillait. Le bringuebalement d’une charrette résonnait dans la rue Sankt Pederstraede, elle venait sans doute livrer la bière dans les tavernes. Il écoutait le chant des grives qui voltigeaient dans l’arrière-cour. L’immeuble étant encore silencieux, il décida d’attendre avant de se manifester, cela ne changerait pas grand-chose s’il restait allongé jusque tard dans la matinée. Plus la nuit était passé, plus il avait eu l’impression que son destin était scellé. »

Nous voici au XIXe siècle dans une Islande très rurale. C’est l’histoire de deux jeunes hommes. D’un côté Jonas Hallgrimsson. Il est naturaliste et poète. Et il a rencontré Keli, un jeune berger. Son opposé sauf sur un point : c’est un rêveur. Ils deviennent amis. Mais Jonas doit quitter l’Islande pour Copenhague, le Danemark possédant alors l’Islande. Jonas va se casser la jambe et, après bien des déboires, l’amputation va apparaître comme la seule solution. Quant à Keli, son patron le tue sur un coup de colère. Et enterre son corps secrètement. Mais le bailli enquête et un complice finit par avouer le meurtre de Keli, avant de se rétracter. Pendant ce temps, Jonas agonise…

Un roman noir ? Ben oui

La fin du voyage ne laisse pas indifférent. Les premières pages ne paient pas de mine, le lecteur est même plutôt endormi au début par l’intrigue. Puis tout s’enchaîne. La blessure de Jonas, l’assassinat de  Keli, l’enquête puis le procès qui ne débouche… sur rien : le passage le plus noir du livre d’ailleurs. On termine ce roman avec un sentiment de gâchis et de révolte, un peu comme après un bon livre de Jim Thompson. Une nouvelle réussite d’Arnaldur Indridason ? A vous de le dire.

Sylvain Bonnet

Arnaldur Indridason, La fin du voyage, traduit de l’islandais par Éric Boury, Métailié, février 2026, 256 pages, 21 euros

Laisser un commentaire