Lakota, un roman noir chez les amérindiens

Un écrivain voyageur

Drôle de parcours que celui de Caryl Férey, auteur de polars comme Hutu ou Mapuche, à chaque fois ancré dans une histoire et une culture locale. Son œuvre nous emmène des coins du monde marqués par un passé douloureux explorer les turpitudes des hommes. Après Grindadráp, paru l’année dernière, qui se déroulait aux îles Féroé, voici Lakota qui nous emmène dans l’Ouest américain.

Un présent qui ravive les blessures du passé

« Winona ne s’est pas rendue chez son père depuis longtemps, mais elle reconnaît l’odeur de vase qui remonte du fleuve. La maison lépreuse à deux pas du Mississipi où les pompiers l’ont repêché, le jardinet en friche où des objets prennent la pluie, les baraques du voisinage pas mieux ; remettre les pieds dans l’univers du Général n’a rien d’agréable. »

On repêche dans le Mississipi le cadavre de Jack Crow Dog, ancien militaire et indien Lakota. Sa fille Winona, médiatrice sociale à Minneapolis, et son demi-frère Duane, sont prévenus. Les voilà qui débarquent dans la maison de leur père dont ils ont gardé un souvenir très mitigé. Ils sont surpris que leur père soit tombé dans l’eau comme ça, bêtement. La police conclue à une noyade d’ivrogne, normal quand on est un Indien. Mais Winona a la tête dure et décide Duane à l’aider à y voir plus clair. Le Général, comme ils l’appelaient, menait une enquête à la demande des Lakota sur des disparitions d’indiennes. Winona et Duane débarquent dans la réserve, écoutent les uns et les autres, reprennent contact avec leurs racines et le passé Indien. Face à eux, ils trouveront un shérif corrompu, une famille d’éleveurs dégénérée et l’éternel conflit entre blancs et Indiens. Commence alors un combat douloureux.

Le père et la mémoire

Lakota est un roman lourd. Lourd par le passé qui imprègne chaque page, celui des massacres perpétrés par l’armée états-unienne (on parle ici beaucoup de Wounded Knee) et de la discrimination sociale et raciale qui existe contre les amérindiens. Lourd par le passé familial décrit ici. Jack Crow Dog ne fut pas un bon père et a marqué ses enfants, même si on comprend progressivement qu’il a beaucoup pâti de ce passé traumatique dont souffrent les peuples amérindiens. L’intrigue développée par Caryl Férey est très bien construite. Il faut reconnaitre que notre auteur maîtrise les codes du roman noir (à force !). Il intéresse aussi par ce peuple Lakota qu’il décrit. Un roman passionnant donc.

Sylvain Bonnet

Caryl Férey, Lakota, Gallimard « série noire », août 2026, 432 pages, 21 euros

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