La fabrique du citoyen, les grecs et la politeia d’Aristote à Auguste

Ancienne membre de l’école française de Rome, actuellement professeure d’histoire grecque à l’université Paris-Nanterre, Christel Müller est une spécialiste de l’histoire sociale et politique. On lui doit notamment une Archéologue historique de la Grèce antique, en collaboration avec Roland Etienne et Francis Prost, paru chez Ellipses en 2014.

A la base, la citoyenneté

L’organisation politique de la Grèce antique repose sur la cité dont relèvent les citoyens. Or tous les habitants ne sont pas des citoyens. Il y a les esclaves bien sûr, les étrangers, ceux qui perdent leur citoyenneté à cause d’un mariage, les femmes bien sûr, dont le statut est pourtant particulier. On trouve dans Aristote une définition du citoyen et de la cité, fondée sur un territoire. On trouve aussi chez Aristote, précepteur d’Alexandre rappelons-le, une grande peur : l’oliganthropie, c’est-à-dire la disparition des citoyens. Or, la Grèce, souvent vue comme la terre d’une citoyenneté « fermé », en opposition à Rome (où l’aboutissement civique est l’édit de Caracalla en 212), montre durant son histoire davantage de flexibilité qu’on ne le croit, particulièrement durant la période hellénistique.

Vers le cosmopolitisme ?

Avant même l’avènement de l’empire romain, le monde grec connaît avec les empires hellénistiques fondés par les diadoques une dilation de ses limites. L’organisation des cités demeure et se pérennise même, Sparte et Athènes existent toujours, tout en étant sorties du jeu politique. La participation à la vie civique (metousia) se maintient dans ces cités, l’exil en cas de faute aussi. En fait, le monde grec évolue tout en gardant appui sur la citoyenneté, même au sein de ce grand ensemble que va être l’empire romain. Elle va trouver une nouvelle dimension avec l’octroi à certains grecs de la citoyenneté romaine, gage d’intégration. Cet ouvrage stimulant invite à réfléchir sur les cités grecques.

Sylvain Bonnet

Christel Müller, La fabrique du citoyen, Passés composés, mars 2026, 400 pages, 25 euros

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