Coffret Michael Caine, acteur à l’anglaise

Il y a à boire et à manger dans la longue filmographie de Michael Caine, et cette « diversité » se retrouve assez bien dans le coffret de sept films que vient d’éditer Elephant Films. Pour dire les choses crûment, au moins un de ces films – L’Île sanglante – fait partie de ceux que l’acteur a dû tourner uniquement pour rester en bons termes avec son percepteur.

Mais la vérité oblige à dire qu’il tire presque toujours son épingle du jeu, son regard de myope introduisant une espèce de distanciation brechtienne dans chacun de ses rôles, avec même parfois pour résultat une véritable remise en question de l’ordre établi. Nous avons déjà dit ici un mot d’Ipcress, danger immédiat (The Ipcress File), publié il y a quelques semaines chez le même éditeur ; dans le même ordre (ou désordre) d’idée, nous retiendrons aujourd’hui deux films, Élémentaire, mon cher… Lock Holmes (Without a Clue) et Business oblige (A Shock to the System)..

Le premier opère un véritable renversement d’un des mythes les plus chers au cœur des Britanniques. Il nous apprend que Sherlock Holmes n’existe pas. Que tous ses pouvoirs de déduction sont en réalité ceux du Docteur Watson (Ben Kingsley), lequel a d’une certaine manière été pris au piège de son talent de conteur. Le public a tellement cru à l’existence de Holmes qu’il a fallu lui offrir une incarnation de ce personnage imaginaire. Et donc, Holmes (Michael Caine) n’est autre qu’un comédien un peu ringard que Watson a engagé pour tenir ce rôle et auquel il ne cesse de dicter son texte. Bien sûr, le spectateur n’attend qu’une chose – que cet Holmes bécassin, contraint par les circonstances, finisse par devenir le Holmes intelligent que nous connaissons, mais le scénario nous offre une conclusion qui est à la fois plus et moins qu’un simple retournement. Loin d’être une simple farce, cette variation autour des personnages créés par Conan Doyle est une véritable réflexion sur la manière dont la fiction finit parfois par transformer la réalité. Les Anglais n’ont pas résisté au besoin de créer « en dur » l’appartement de Holmes au 221B Baker Street. En France, Proust s’est inspiré d’Illiers pour créer son Combray, mais, juste retour des choses, Illiers se nomme aujourd’hui officiellement Illiers-Combray.

Le second film, Business oblige – on saluera, une fois n’est pas coutume, la pertinence de ce titre français qui renvoie à Noblesse oblige –, est d’une perversité peu commune. Le héros (Michael Caine) voit passer sous son nez la promotion qui lui semblait promise depuis plusieurs années dans l’entreprise où il travaille. Déception. Rage. En rentrant chez lui, il bouscule, du fait de sa mauvaise humeur, un SDF qui tombe et finit écrasé sous un métro. À sa grande surprise, il n’est absolument pas inquiété pour cet homicide, involontaire certes, mais homicide quand même, et cette impunité l’amène à penser que rien ne l’empêche de se débarrasser d’une manière analogue de tous ceux qui lui barrent la route. Il y a d’ailleurs un jeu de mots dans le titre anglais original : A Shock to the System désigne à la fois le court-circuit que notre héros frustré provoque pour électrocuter quelqu’un qu’il ne peut plus supporter et la remise en question de l’Establishment dans lequel il évolue, l’ironie étant que cette remise en question ne bouleverse en aucune manière le « système », dont la première règle se résume très simplement : jouer, c’est tricher. Évidemment, il n’est pas question pour le spectateur de s’identifier au héros, très vite abject, de cette histoire, mais ses victoires apparaissent comme autant de dénonciations de la société qui l’entoure. Tourné quinze ans plus tard, en 2005, le film de Costa-Gavras Le Couperet (avec José Garcia) traitait d’un sujet très voisin, mais sans vraiment parvenir à traduire cette très dérangeante ambiguïté.

FAL

Sept films (L’Aigle s’est envolé ; Contre une poignée de diamants ; Élémentaire mon cher… Lock Holmes ; Un hold-up extraordinaire ; Business oblige ; L’Île sanglante ; Ipcress, danger immédiat) avec le livret Sir Michael Caine, cockney et gentleman, par Stéphane Du Mesnildot. Réalisateurs : ‎ Don Siegel, Jan Egleson, John Sturges, Ronald Neame, Thom Eberhardt. Avec Anthony Quayle, Donald Pleasence, Jean Marsh, Jenny Agutter, Sven-Bertil Taube, Donald Sutherland, Delphine Seyrig. Sortie : 21 avril 2026. Elephant Films

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