Sur trois vieux films français en noir et blanc

Oldies but goodies. Cette formule qu’affectionnent les Anglo-Saxons sonne bien, incontestablement, mais il ne faut pas pour autant s’imaginer que tout ce qui est old est good. En témoigne le trio de films dits « de patrimoine » qui viennent d’être réédités chez Pathé. Rien de surprenant, bien sûr, si tous les trois ne présentent pas le même intérêt, mais, chose remarquable, ceux qui ont franchi le mieux l’épreuve du temps ne sont pas forcément ceux sur lesquels on aurait probablement parié au moment de leur sortie.

Ainsi, le plus prestigieux en apparence se révèle être aujourd’hui le plus indigeste. Sorti en 1961, Les Mauvais Coups avait pour réalisateur François Leterrier, pour vedette Simone Signoret (qui venait d’obtenir un Oscar – une première pour une actrice française – l’année précédente), et pour scénariste Roger Vailland. Celui-ci était un romancier fort prisé à l’époque – le film est d’ailleurs l’adaptation d’un de ses propres livres –, mais ce n’est sans doute pas sans raison qu’il l’est un peu moins aujourd’hui : c’était un communiste amateur de voitures de sport, ce qui était bien sûr son droit le plus strict, mais cette dissonance se retrouve tout au long de ces Mauvais Coups et ce film qui devrait nous émouvoir n’est pas loin d’être un pensum. L’histoire est celle d’un couple, apparemment très lié, mais plus pour très longtemps, comme le montre l’interminable chasse aux canards qui constitue le premier acte : quand monsieur essaie d’apprendre à madame l’art et la manière de tuer un oiseau en vol, madame a visiblement beaucoup de mal à suivre la leçon (elle aurait préféré rester chez elle à déguster dès le matin quelques verres d’un alcool fort), et l’arrivée, quelque temps plus tard, d’une jeune institutrice dans le village ne va rien faire pour arranger les choses. Bref, tout cela, on s’en doute, finira mal. C’est très triste. Mais les canards seront sans doute un peu moins menacés, ce qui réjouira le WWF.

Le second film, L’Auberge du péché, sorti en 1949, est de Jean de Marguenat, dont seuls deux Ademaï, avec Noël-Noël, restent encore aujourd’hui un peu dans les mémoires, et a pour vedette Ginette Leclerc. Le point de départ n’a rien de nouveau – en tout cas il a été repris des dizaines de fois depuis : un malfrat veut garder pour lui tout le butin d’un hold-up qu’il aurait dû partager avec ses complices, mais ceux-ci, bien entendu, ne l’entendent pas de cette oseille, et l’on voit donc défiler toute une galerie de personnages dans l’auberge qui donne son titre au film et où le vilain égoïste a cru sage de déposer son sac plein de billets. Film français, qui se réapproprie dans une large mesure le genre prétendument américain du film noir – n’oublions pas que le premier vrai roman noir pourrait bien avoir été Thérèse Raquin de Zola –, et en incluant des touches comiques qui n’ont généralement pas leur place chez les Yankees. L’intrigue, d’ailleurs, n’a pas vraiment d’importance : L’Auberge du péché est au fond la chronique d’un village gaulois.

Le troisième film, Monsieur Taxi, date de 1952 et est réalisé par André Hunebelle, futur auteur de divers OSS 117 et des Fantômas avec de Funès. L’histoire, là encore, n’est qu’un prétexte : le chauffeur de taxi qui donne son titre au film va de place en place à la recherche d’une cliente qui a oublié dans son véhicule un sac plein de billets, ce qui lui/nous donne l’occasion de découvrir différents milieux. On appréciera tout particulièrement la séquence qui se déroule dans un bordel de luxe – séquence drôle en soi, mais d’autant plus drôle que notre chauffeur de taxi, innocent qui ne comprend pas du tout dans quel type de lieu il vient de pénétrer, est interprété par Michel Simon, lequel était célèbre pour sa collection d’objets pornographiques, précédemment propriété de Pierre Louÿs. Parmi les personnages les plus marquants de cette histoire, la rue de Rivoli, telle qu’elle était encore et telle qu’elle n’est plus. On conseille à la nouvelle équipe à la tête de notre capitale de jeter un coup d’œil sur Monsieur Taxi : en voyant ces images « d’époque », elle aura peut-être envie de redonner à cette rue l’allure qui était la sienne, celle d’une des plus belles rues de Paris, et non d’un terrain vague.

FAL

François Leterrier, Les mauvais coups, Pathé films, avec Simone Signoret, mars 2026, 100 minutes, 19,99 euros

Jean Marguerat, L’auberge du péché, Pathé films, avec Ginette Leclerc, mars 2026, 103 minutes, 19,99 euros

André Hunebelle, Monsieur Taxi, Pathé films, avec Michel Simon, mars 2026, 76 minutes, 19,99 euros

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