La Bourse ou la vie : le Front populaire, histoire pour aujourd’hui

Historienne engagée à gauche, Ludivine Bantigny est l’autrice de nombreux ouvrages dont 1968, de grands soirs en petits matins (Seuil, 2018), La Commune au présent (La Découverte, 2021) ou encore Battre l’extrême-droite (Croquant, 2024). Ici, elle a choisi de se pencher sur l’histoire du Front populaire, moment historique devenu un totem mémoriel de la gauche française.

Un moment particulier

En s’appuyant sur les archives, notamment départementales, les rapports de préfets ou des renseignements généraux, la presse, Ludivine Bantigny propose un regard différent sur l’évènement du Front populaire. L’amateur d’histoire connaît le résumé politique : le choc du 6 février 1934, l’alliance des gauches, les élections, la nomination de Blum et les grandes grèves. On sait moins comment l’évènement fut vécu en bas, par les ouvriers eux-mêmes. Ici, on lit comment les usines furent occupées, pacifiquement, au grand dam des patrons qui réclamaient, pour la plupart, l’intervention des forces de l’ordre. 1936, c’est aussi ça : un changement du rapport de forces qui permet d’instituer les congés payés pour l’ensemble des salariés (seules certaines catégories en bénéficiaient déjà) ainsi que les quarante heures ou les conventions collectives. Des avancées bientôt remises en question par le patronat, la droite… et la conjoncture internationale.

La pression de la conjoncture

Le gouvernement du Front populaire arrive au pouvoir après qu’Hitler ait pu remilitariser la Rhénanie sans susciter aucune réaction française ou anglaise. Blum, dès juillet, doit faire face au début de la guerre d’Espagne. Les radicaux de Daladier font pression pour que la France n’intervienne pas, Blum accepte. Conscient des enjeux face au Reich, c’est son gouvernement qui décide de réarmer le pays et qui augmente très significativement le budget de la défense nationale. Le réel rattrape l’utopie… Dans le domaine colonial, le Front populaire n’offre que peu d’avancées, que cela soit en Indochine, à Madagascar ou en Algérie. Notons que le projet Blum-Violette qui offrait le droit de vote à 20 000 indigènes dit « évolués » (le terme est d’époque) est très vite refusé par le Sénat. Le même Sénat qui fera tomber Blum deux fois, en 1937 et 1938, sur des questions financières. La reprise en main par Daladier commence.

Lire cet ouvrage aujourd’hui est étrange tant les similitudes entre les années 1930 et les années 2020 abondent.

Sylvain Bonnet

Ludivine Bantigny, La bourse ou la vie, La Découverte, mars 2026, 368 pages, 23 euros

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