Vivant Denon, l’aventurier du Louvre
D’Emmanuel de Waresquiel, on peut dire sans aucun doute qu’il est le meilleur biographe en activité. On lui doit un Talleyrand extraordinaire, un Fouché plein d’ombres et un livre récent sur Jeanne du Barry qui a renouvelé le regard qu’on pouvait porter sur la dernière favorite de Louis XV. Le biographe est avant tout historien, un des meilleurs spécialistes de la Révolution et du XIXe siècle, auteur récent de Sept jours qui a relancé le débat sur la Révolution française. Son nouveau livre se propose de revenir sur l’itinéraire de Vivant Denon.
Un homme aux dons multiples

Difficile de résumer un tel ouvrage tant Vivant Denon, homme aux multiples facettes, a eu plusieurs vies. Issu de la noblesse, Denon commence son itinéraire sous Louis XV et se montre un parfait courtisan, caractérisé par un esprit plein de malice et d’élégance. On le retrouve aussi écrivain avec un conte libertin, Point de lendemain, où l’auteur dit peu de choses mais en raconte beaucoup. Denon se fait connaître comme dessinateur et graveur (à l’eau forte) : ses portraits de Voltaire, qu’il rencontre plusieurs fois, le font connaître. Puis il part en Italie où il étudie et grave. Son séjour à Venise lui permet de rencontrer sa grande passion, Isabelle Teotochi. Même après son expulsion de Venise, il ne coupe pas le lien. Si la sexualité de Denon reste un mystère, son amour pour cette femme demeure.
Napoléon, l’Egypte et après
Favorable à la Révolution, Denon rentre à Paris. Il bénéficie sans doute de la protection de David et passe l’épreuve de la Terreur où il croise Robespierre. Sa chance est de rencontrer Napoléon, chose qu’il raconte en mentant, tout en disant l’essentiel : c’est grâce à Joséphine. Denon sera de l’expédition d’Egypte au final : c’est la grande aventure de sa vie, là où il montre un regard presque d’ethnographe, gravant et dessinant sans cesse. Il récupère aussi beaucoup d’objets, naturel pour un collectionneur comme lui, passionné par les autres cultures. De retour en France avec Napoléon, Denon ne tarde pas à devenir un quasi-ministre des Beaux-arts, en charge du musée du Louvre. Denon suivra Napoléon, envers et contre tout, courtisan jusqu’au bout. Il profitera des victoires pour récupérer tableaux, statues envoyées en France. On peut estimer que c’est du pillage, Bénédicte Savoy en a d’ailleurs tiré un très bon livre, 1815 le temps du retour, paru récemment. Denon estimait rassembler à Paris des œuvres qui seraient désormais visibles par beaucoup, vaste débat. L’homme avait en tout cas une vraie culture, un coup d’œil, la volonté de protéger l’art et la beauté surtout. Même ses adversaires le savaient.
Emmanuel de Waresquiel retrace cette vie avec sagacité et talent.
Sylvain Bonnet
Emmanuel de Waresquiel, Vivant Denon, Tallandier, septembre 2026, 472 pages, 27,50 euros
