Entretien avec Guillaume Meurice pour la sortie de son roman « S’entendre »
Comédien et scénariste de bande dessinée, Guillaume Meurice est animateur de « La Dernière » sur Radio Nova. Il a écrit et co-écrit une vingtaine d’ouvrages. Il nous a accordé un entretien à l’occasion de la sortie de son troisième roman, S’entendre.
Est-ce que tu peux me parler du titre, « S’entendre » ?
J’ai longtemps cherché un titre qui tourne autour des orques, animal au cœur du roman et que j’aime particulièrement. À chaque fois ça sonnait un peu ringard, « Le silence des orques »… Je me suis posé la question : de quoi parle vraiment mon livre ? Je passe par les orques pour parler de communication animale et les humains sont des animaux ! « S’entendre » correspondait bien à ce que j’essayais d’embrasser dans ce livre, j’ai l’espoir que plus on se comprend, plus on arrive à s’entendre, à cohabiter. Au final c’est un peu un livre sur la cohabitation, entre humains et surtout avec les autres espèces, mêmes celles qui sont très éloignées de nous.
D’où vient cette attirance particulière envers les orques ?
Je suis passionné par les orques depuis que j’ai vu Black Fish. C’est un documentaire sur les cétacés en captivité au SeaWorld aux États-Unis, qui dénonce les conditions horribles de capture, de dressage, de reproduction… Le film a eu pas mal d’impact dans le monde entier et sur moi aussi. Je me suis intéressé à ces animaux que je ne connaissais pas très bien. J’ai découvert une espèce assez proche de nous, très sociable, qui vit en famille, qui crée des liens très fort, avec des cultures différentes en fonction des régions du globe… une espèce passionnante. À la base je voulais faire un livre d’entretien avec des gens au contact de ces animaux, des plongeurs sous-marins, des scientifiques, des ONG, avec une question simple : pourquoi les orques à l’état sauvage ne s’attaquent pas aux êtres humains ? Les seuls morts ont eu lieu dans les parcs à cétacés, où les orques deviennent folles à tourner en rond dans les bassins et finissent par s’en prendre aux humains qui leur donne du poisson mort. Personne n’a la réponse, chacun à une réponse différente. Certains pensent que c’est par peur de représailles, d’autres comme Christophe Guinet, spécialiste mondiaux des orques, pensent que c’est juste qu’elles n’ont jamais essayé ! Le débat scientifique n’est pas clos. Je voulais faire ce livre et en discutant avec mon entourage proche, j’ai senti que tout le monde s’en fout un peu, j’étais assez vexé ahah !
Je suis parti de cette idée pour finalement en faire un roman. C’est pour ça que la première scène du livre c’est la découverte d’un homme mort sur la plage à Tarifa. Il serait le premier être humain tué par une orque libre et Roxane, mon héroïne, va essayer de comprendre pourquoi les orques l’ont tué.
Mais tu te bases sur un vrai phénomène, dans le détroit de Gibraltar les orques s’en prennent aux bateaux, n’est-ce pas ?
Oui, les jeunes « attaquent » les bateaux. C’est une énigme scientifique. Pour l’instant le consensus est de dire qu’elles jouent sans volonté de nuire. Il n’y a aucun mort mais des bateaux ont été coulé. Elles s’en prennent au safran, la partie immergée du gouvernail et c’est très impressionnant. Ce sont des animaux qui peuvent faire jusqu’à huit tonnes qui foncent sur le bateau, cassent le safran, jouent avec et s’en vont. Mais ce n’est que du matériel, ils sont assurés et ça fait la fortune des réparateurs de bateaux !
Dans le roman, Roxane a beaucoup de mal à communiquer, notamment avec son père, pourquoi avoir voulu incorporer cette dimension au livre ?

Je suis parti de la communication animale, c’est le plus évident, on essaye d’entrer en interaction avec une autre espèce dont on a aucun code. Les orques n’ont même pas d’expression faciale. Il y a tellement de déperdition entre l’émetteur et le récepteur. Mais si tu regardes bien les humains, c’est la même chose. On parle le même langage, parfois on vient de la même culture et de la même famille et pourtant on a l’impression de ne pas se comprendre. Dans le livre, j’ai essayé de cartographier tous les moyens de communication. On a eu des débats avec mon éditrice sur des scènes qu’elle voulait couper du livre parce que c’était un peu long. Roxane et son père ont beaucoup de mal à communiquer et un moment donné il l’emmène à l’hôpital malgré une réunion de boulot très importante. C’est de la communication au-delà des mots.
Roxane a beaucoup de peur et de colère en elle, est-ce la partie de Guillaume Meurice qu’on ne voit pas ?
Oui, grave. Tout est guidé par ça. Si je fais des blagues, des chroniques, des bouquins, c’est parce que je suis mobilisé par quelque chose qui me met en mouvement. Oui il y a de la colère, de l’incompréhension face à ce qu’il se passe, la destruction du vivant, la montée du fascisme… Moi je la transforme naturellement en humour et en romans. C’est déjà une non-indifférence à ce qu’il se passe autour de moi. Il y a une phrase de Sartre qui dit ça, « la fonction de l’écrivain est de faire en sorte que nul ne puisse ignorer le monde et que nul ne puisse s’en dire innocent ». Faisons mieux comme dirait l’autre !
Tu es le parrain de l’association « C’est Assez ! », est-ce que tu pourrais nous en parler ?
C’est une association qui, comme son jeu de mot l’indique, milite pour la fermeture des delphinariums en France. La loi a pas mal avancé ces dernières années. Il y a interdiction de reproduction et d’achat. Les parcs ont le droit de garder les animaux s’il y a des études scientifiques, il y a une tolérance. Il y a encore des dauphins à Planète Sauvage (proche de Nantes). Marineland n’en a plus, en revanche ils ont deux orques et ils ne savent pas quoi en faire. Elles ne savent même pas chasser, impossible de les relâcher dans la nature. Le zoo de Beauval a pour projet de créer un bassin afin d’accueillir les dauphins du Marineland pour éviter qu’ils ne partent à l’étranger. Personnellement, je pense que la France devrait être un pays sans delphinarium.
Propos recueillis par Salomé di Stefano
