Le Mirage de la paix, la véritable histoire d’Israël et des pays arabes

Yasmina Asrarguis est une chercheuse associée en études arabes à l’université de Princeton et à la Fondation Jean-Jaurès et à ce titre a travaillé à la cellule diplomatique d’Emmanuel Macron. Le Mirage de la paix a comme ambition d’analyser les raisons de l’échec des relations entre Israël et les pays arabes à travers le prisme (mais pas seulement) du processus de paix avec les Palestiniens : très vaste programme !

La paix contre les territoires : un échec ?

Difficile de résumer les idées d’un livre aussi riche que celui de Yasmina Asrarguis. Elle restitue avec beaucoup de clarté l’évolution de la relation d’Israël au monde arabe et aux Palestiniens, des succès de la guerre des six jours aux difficultés de la guerre du Kippour. Ce sont les accords de Camp David qui ont amené le principe de la paix contre les territoires comme paradigme de la diplomatie au Proche-Orient à travers l’action d’un acteur essentiel : les Etats-Unis. Kissinger puis Carter ont imposé la superpuissance comme maître des horloges dans la région. Ce sont eux qui vont forcer la main de Shamir pour qu’il participe à la conférence de Madrid, créant ainsi une atmosphère pour les accords d’Oslo construits par les Israéliens et les Palestiniens, partenaires pour la première fois. On connait la suite et l’échec final en 2000 avec l’explosion de violence de la seconde Intifada. Les Etats-Unis de Bill Clinton connaissent ici un échec majeur. Il reste que la Jordanie est le deuxième voisin arabe à avoir signé en 1994 la paix avec l’état hébreu.

Logique de marché, financiarisation de l’économie moyen-orientale

On peut penser énormément de choses de l’action de Donald Trump, il est en tout cas le premier président américain à avoir réussi un coup diplomatique avec les accords d’Abraham où son gendre Jared Kushner a joué un rôle essentiel. Israël s’est retrouvé à nouer des relations diplomatiques avec Les Emirats arabes Unis, le Bahreïn, le Soudan puis le Maroc. Le secret du deal ? L’argent des échanges commerciaux (les technologies de sécurité israéliennes en faisant partie) avec comme but de faire du Moyen-Orient un hub du XXIe siècle, Israël apportant son soutien face à la puissance iranienne. L’Arabie saoudite était sur le point de reconnaître Israël lorsque le Hamas a perpétré sa « razzia pogromiste » (comme le dit Gilles Kepel) qui a déclenché la guerre à Gaza et ramené la question palestinienne au premier plan. Pour autant, Trump est très loin de s’investir dans un dossier qui a vu tant d’échecs. Le soutien à Israël est un intangible (pour le moment ?) de sa politique, au point qu’il songe à reconnaître l’annexion du Golan.

Aujourd’hui, la paix est bel et bien un mirage.

Sylvain Bonnet

Yasmina Asrarguis, Le Mirage de la paix, Passés composés, février 2026, 320 pages, 24 euros

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