Un rêve dans un rêve, les visions de Ken Liu
On connaît Ken Liu pour ses nouvelles, certaines excellentes, rassemblées dans deux recueils, La ménagerie de papier (Le Bélial, 2015) et Jardins de poussière (Le Bélial, 2019) ainsi que pour deux novellas, L’homme qui mit fin à l’histoire (Le Bélial, 2016) et Le regard (Le Bélial, 2017), la première étant un vrai chef d’œuvre. Le voici qui revient avec un roman de science-fiction, Un rêve dans un rêve, premier tome de la série Julia Z, toujours traduit par Pierre-Paul Durastanti et publié au Bélial.
Une femme face au complot
« Julia leva un regard mélancolique vers l’unique fenêtre en hauteur de son petit studio en sous-sol. Le ciel d’un bleu pur ne montrait aucun nuage.
Elle se représenta le jardin public à un kilomètre de là, sa vaste pelouse luxuriante descendant vers la plage rocailleuse que lapaient des vagues paisibles, comme si l’Atlantique se sentait paresseux et complaisant ce jour-là. »

Julia est une jeune femme qui a eu une enfance compliquée, fille d’une immigrée chinoise devenue activiste politique aux Etats-Unis. Sans domicile fixe dans sa jeunesse, Julia est devenue une hacker et a fait quelques années de prison et essaie de se tenir à carreau, jusqu’au jour où elle est contactée par un avocat, Piers Neri. Sa femme, Elli Krantz, a été enlevée car elle est une tisseuse de rêves, une artiste emmenant son public dans des expériences oniriques grâce à l’utilisation de l’intelligence artificielle. Julia accepte. Elle va vite être confrontée à un ennemi mystérieux, le Prince et va y laisser quelques plumes.
Entre polar et cyberpunk
Un rêve dans un rêve intéresse par son intrigue, empruntant au cyberpunk et volontiers critique des dérives de nos sociétés face au développement de l’IA ou du hacking, sans compter les nouvelles formes d’esclavage (non, je ne spoilerai pas). On est très proche du polar par moments, voire du roman noir, ce qui est très bien. Par moments, l’intrigue repose sur certaines facilités pour avancer. Tant pis. L’ensemble ravit l’amateur.
Sylvain Bonnet
Ken Liu, Un rêve dans un rêve, traduit de l’anglais par Pierre-Paul Durastanti, Le Bélial, illustration de couverture d’Aurélien Police, septembre 2026, 384 pages, 23,90 euros
