Roger Wybot, maître du contre-espionnage français

Haut fonctionnaire au ministère de l’Intérieur, Olivier Brun est aussi docteur en histoire et coauteur du Dictionnaire du renseignement (Perrin, 2018) et du Renseignement français en 100 dates (Perrin, 2022). Il publie cette année une biographie du fondateur de la DST, Roger Wybot (1912-1997), un parfait inconnu de nos jours mais qui compta beaucoup durant la IVe République.

L’apprentissage durant la guerre

Avant Roger Wybot il y eut Roger Warin, un jeune officier d’artillerie qui, en 1940, reste en France tout en se dirigeant progressivement vers la Résistance, contribuant à maintenir des liens avec Londres. Il évolue alors dans des sphères vichysto-résistantes, croisant un homme comme Paillole. Mais Warin est bientôt « grillé » et choisit de partir pour Londres via l’Espagne. Là, il rejoint le BCRA qu’il contribue à organiser et prend le pseudonyme de Wybot. Mais l’homme se fait des ennemis et se retrouve bientôt en première ligne. Courageux sur le front, respecté de ses hommes, Wybot fait son devoir. Mais il n’est pas complètement oublié du général de Gaulle et se retrouve nommé à la tête de la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) qu’il créée lui-même. C’est le début de sa légende.

L’homme de l’ombre

Wybot commence par mener la vie dure aux collabos qui tentent de monter des maquis bruns puis, après la capitulation nazie le 8 mai 1945, il réoriente progressivement la DST vers la lutte contre l’espionnage soviétique et l’infiltration communiste. Il y remporte quelques succès, comme durant l’affaire des généraux ou celle des fuites, ce qui lui vaut le respect de Mendès-France et Mitterrand. Wybot choisit ses hommes, rationnalise le renseignement, préconise l’infiltration des réseaux ennemis tout en se révélant aussi un interrogateur hors pair. Il s’investit aussi dans la lutte contre le FLN et remporte des succès. Approché en mai 1958 par certains conjurés du 13 mai, il suscite la méfiance de De Gaulle qui le démet de ses fonctions en décembre et le met au placard. Wybot paie aussi peut-être son soutien à l’Algérie française. Alors il écrit des livres, devient dans les années soixante-dix un habitué des émissions télés, croit pouvoir revenir à la tête de la DST lors de l’élection de Giscard ou même de Mitterrand : illusions ! Il meurt en 1997, un peu oublié. L’itinéraire de ce maître-espion, homosexuel comme Hoover, mérite d’être redécouvert.

Sylvain Bonnet

Olivier Brun, Roger Wybot, Perrin, août 2026, 400 pages, 24 euros

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