Olympe de Gouges, l’autre Voltaire

Longtemps réduite à la seule Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Olympe de Gouges retrouve aujourd’hui une épaisseur historique que les travaux récents s’emploient à restituer. Avec Olympe de Gouges, l’autre Voltaire, Cécile Berly, historienne spécialiste du XVIIIᵉ siècle, s’attache moins à corriger une image qu’à en élargir le cadre. Elle rappelle qu’avant d’être une figure tutélaire du féminisme, Olympe de Gouges fut une femme de lettres, une dramaturge, une polémiste et une observatrice attentive des bouleversements de son temps. Loin de l’hagiographie comme de la simplification militante, Berly redonne à cette personnalité toute sa complexité intellectuelle, son goût du débat public et sa volonté constante d’intervenir dans les affaires de la cité.

Le rapprochement avec Voltaire, qui donne son titre à l’ouvrage, ne relève ni de la provocation ni du simple effet de formule. Il repose sur une communauté d’attitude face au monde. Comme le philosophe de Ferney, Olympe de Gouges fait de l’écriture une arme civique. Tous deux dénoncent les abus du pouvoir, combattent les injustices et défendent une conception exigeante de la dignité humaine. Là où Voltaire s’élève contre le fanatisme religieux, l’arbitraire judiciaire ou l’intolérance, Olympe de Gouges étend cette exigence à des combats que son siècle hésite encore à considérer : l’abolition de l’esclavage, la réforme sociale, la reconnaissance des plus démunis et l’égalité politique des femmes. Cécile Berly montre ainsi que son œuvre ne procède pas d’un engagement sectoriel, mais d’une pensée profondément humaniste, nourrie par l’esprit des Lumières et convaincue que la raison doit transformer les institutions autant que les consciences.

L’intérêt majeur de cet essai tient précisément à ce déplacement du regard. En replaçant Olympe de Gouges dans l’histoire intellectuelle du XVIIIᵉ siècle plutôt que dans la seule histoire des droits des femmes, Cécile Berly révèle une auteure dont l’ambition embrasse l’ensemble des questions politiques, morales et sociales de son époque. Son engagement féministe apparaît alors comme l’une des expressions d’une réflexion beaucoup plus vaste sur la liberté, la justice et la responsabilité du citoyen. Cette lecture renouvelle utilement la compréhension d’une figure souvent fragmentée par les usages mémoriels contemporains. Elle rappelle qu’Olympe de Gouges ne fut pas seulement une pionnière de l’émancipation féminine, mais une véritable intellectuelle des Lumières, dont la voix continue à avoir beaucoup à nous dire.

Loïc Di Stefano

Cécile Berly, Olympe de Gouges, l’autre Voltaire, septembre 2026, 176 pages, 20 euros

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