Saint-Simon, philosophe de la société industrielle

Philosophe et politiste, Pierre Musso, professeur des universités, est un des grands spécialistes de Saint-Simon dont il a co-dirigé l’édition des Œuvres complètes chez PUF. Il a aussi beaucoup travaillé sur la philosophie des réseaux, la politique et l’imaginaire industriel né au XIXe siècle et dans lequel Saint-Simon a baigné à la fin de sa vie.

Un parcours d’aventurier

Étonnant personnage que ce lointain parent du fameux mémorialiste ! Né dans une famille aristocratique prestigieuse, Saint-Simon est destiné à une carrière militaire et c’est à ce titre qu’il participe à la guerre d’indépendance américaine : là, sa vie bascule car il voit les temps à venir, il sent la société qui se prépare. Il sera également un partisan de la Révolution française, renonçant sans aucun problème à ses titres de noblesse. S’il passe un temps en prison, cela ne l’empêche d’être un homme d’affaires à l’époque du Directoire, s’associant à des personnages parfois douteux. En tout cas, il ne fait pas fortune et passe des années difficiles sous le Consulat et l’Empire, qu’il ne rallie pas. A partir de 1812, sa vie s’améliore car il touche une partie de l’héritage maternel. Notons que Saint-Simon, libertin dans l’âme, n’aura qu’une fille naturelle, qu’il adore.

Un passeur

C’est à partir de la Restauration, période beaucoup plus libérale que l’Empire, que Saint-Simon commence à bâtir un système. Il construit ses hypothèses à partir de la science et identifie la classe des « producteurs » comme celle qui va dominer largement le siècle. S’il identifie les industriels au début de son parcours intellectuel comme ces « producteurs », son point de vue évolue et il étend cette notion à l’ensemble de la classe ouvrière. Sa pensée foisonne littéralement quand on lit cette biographie. L’homme a eu Augustin Thierry comme secrétaire, a directement influence Auguste Comte, fondateur du positivisme, sans compter les socialistes et l’école saint-simonienne, multiforme et qu’on retrouve durant tout le XIXe siècle (Napoléon III fut à un moment saint-simonien !). De plus, il a influencé la sociologie moderne, ce qui n’est au fond pas étonnant. A la fin de sa vie, Saint-Simon écrit et pense un nouveau christianisme, ayant pour but l’avènement d’un bien être généralisé. Un peu fumeux et un peu génial ? C’était ça Saint-Simon. Cette excellente biographie constitue une occasion de redécouvrir et sa vie et son œuvre.

Sylvain Bonnet

Pierre Musso, Saint-Simon, Fayard, octobre 2025, 704 pages, 28 euros

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