Histoire de la contre-insurrection française, combattre la guérilla 1793-1962
Spécialiste d’histoire militaire, Ivan Burel publie ici un ouvrage au titre provocateur : histoire de la contre-insurrection française ! Il faut dire que beaucoup ignorent que la France est le pays de David Galula, un des grands propagandistes des techniques de la contre-insurrection, enseigné aux Etats-Unis qui ont mis en application certaines de ses théories en Afghanistan et en Irak, pour un résultat disons discutable. D’où vient cette pratique « à la française » de la contre-insurrection ?
De la Vendée au Mexique en passant par l’Algérie

De fait, l’armée française a eu à affronter des guérillas populaires et jusque sur son propre sol : c’est en Vendée que commence notre histoire. Les républicains y affrontent les « blancs », massacrant les civils : ce sont les fameuses colonnes infernales de Turreau, phénomène qui resurgira ailleurs. C’est pourtant Hoche qui ramène le calme, par un savant dosage de fermeté (capture des chefs), de magnanimité envers les paysans et même les curés tout en quadrillant le pays. Les deux pratiques sont reprises en Espagne où s’illustre un certain Bugeaud. Ce dernier va ensuite être affecté en Algérie lors de la conquête et y appliquer ces méthodes. On retrouve ensuite ses héritiers au Mexique, pour un résultat plus… mitigé. Il reste que se développe dans l’armée française un savoir faire en matière de traitement de la guérilla, bientôt réutilisé lors des guerres coloniales.
Tactiques coloniales
La France conquiert à la fin du XIXe siècle un empire colonial de taille mondiale, avec au final peu d’effectifs. L’armée sait en tout cas combattre et réduire les guérillas grâce à la technique de la « tache d’huile », employée par Galliéni et Lyautey, tout en sachant reconnaître et respecter les cultures locales. L’armée sait aussi opérer en milieu urbain dans les futures colonies comme à Paris lors de la Commune… Le bilan de cette histoire démontre en tout cas l’importance de la « compétence » acquise par l’armée française en matière de contre-insurrection. La guerre d’Algérie voit l’armée française, marquée par Dien Bien Phu, développer des tactiques différentes, imitant la guérilla communiste (les militaires lisent Lénine et Mao) pour mieux réduire le FLN, en encadrant notamment les populations : un échec, comme le montre le récent livre de Denis Leroux paru chez La Découverte, Une armée révolutionnaire. La synthèse proposée ici est en tout cas intéressante.
Sylvain Bonnet
Ivan Burel, Histoire de la contre-insurrection française, Perrin, mai 2026, 416 pages, 24 euros
