France-Algérie, histoire d’une relation pathologique
Professeur des universités à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Pierre Vermeren est un spécialiste des sociétés du Maghreb. On lui doit notamment une Histoire de l’Algérie contemporaine (Nouveaux Mondes, 2022). Dans un contexte marqué par la captivité de Boualem Sansal, libéré fin 2025, et de Christophe Gleizes, Vermeren revient sur la relation compliquée entre Paris et Alger.
La colonisation et après

Pierre Vermeren revient d’abord sur la période de la conquête de l’Algérie, voulue par Charles X et Louis-Philippe et réalisée par une armée française en manque de combats européens depuis la défaite de Napoléon. Les accords d’Evian et le départ des pieds noirs ne marquent pas la fin de l’influence française en Algérie. D’abord la France de De Gaulle ne ménage pas son aide sur tous les plans. De nombreux coopérants viennent en Algérie (les fameux « pieds-rouges ») et aident à la construction d’un état qui prend modèle sur… la France. Paradoxe suprême : le pays devient massivement francophone grâce un effort éducatif sans précédent, à côté d’une arabité sans cesse réaffirmée, au détriment d’une identité berbère persécutée. C’est l’époque où Bouteflika est un habitué des soirées parisiennes, reçu par Brigitte Bardot. Aucune trace de francophobie dans les années soixante-dix et quatre-vingt, hormis quelques poussées de fièvre. Les choses changent avec la guerre civile et la décennie noire. Paris soutient Alger, surtout que le conflit déborde sur l’hexagone. Les choses changent au XXIe siècle.
Une relation toxique
Abdelaziz Bouteflika devient président de l’Algérie et met fin à la guerre civile. C’est avec lui que s’instaure une relation presque masochiste avec Paris, à qui on rappelle régulièrement sa responsabilité dans les crimes de la colonisation, jusqu’à parler de génocide, tout en profitant d’erreurs telle que la loi de 2005 sur l’enseignement des aspects positifs de la colonisation. Ce discours trouve des relais en France auprès d’une partie de la gauche et des intellectuels et aussi d’une partie (pas la majorité) de la Diaspora. Alger se met aussi à accuser Paris d’ingérence, notamment au moment du Hirak en 2019, faisant ainsi de l’ambassadeur Xavier Driencourt un bouc émissaire. Aujourd’hui, l’Algérie se rapproche commercialement de la Chine, achète des armes russes, vend du gaz à l’Italie et à l’Espagne et néglige la France « génocidaire », tout en rejetant la langue française. Notons qu’Alger bénéficie encore de nombreuses facilités, tel l’accord de 1968, sans compter le contentieux sur le remboursement des soins. Le moment n’est-il pas venu d’une rupture franche, en attendant que les peuples se retrouvent un jour ?
Un livre qui fait réfléchir.
Sylvain Bonnet
Pierre Vermeren, France Algérie, Tallandier, mars 2026, 304 pages, 21,90 euros
