Un globe, des mondes : le monde tient-il dans un globe ?

Un objet familier

Il suffit de tourner un globe du bout des doigts pour avoir l’impression de tenir le monde entre les mains. L’Europe, l’Afrique, l’Asie et les océans. Rien qu’au touché et au regard tout semble soudain accessible et ordonné.

Le globe terrestre fait partie des objets devenus si familiers que nous ne nous interrogeons plus sur ce qu’ils représentent. Dans une salle de classe, une bibliothèque ou un bureau, il parait aller de soi. Pourtant, derrière cette sphère apparemment innocente se cache une longue histoire : celle des hommes qui ont voulu représenter le monde en voulant le comprendre et parfois le faire entrer dans un objet que l’on peut regarder, manipuler et transmettre.

C’est cette histoire que propose d’explorer Un globe, des mondes. Un ouvrage collectif dirigé par un géographe et directeur du CNRS, Matthieu Noucher, et qui vient de paraitre aux éditions autrement. Cet ouvrage s’inscrit dans le prolongement d’une exposition consacrée aux globes et aux différentes manières de représenter le monde.

 Un monde n’est jamais une simple image

Un globe donne une impression particulière de vérité. Contrairement à une carte plane, il reproduit la forme sphérique de notre planète. Il permet ainsi de visualiser les continents, les océans et leurs rapports.

Mais représenter le monde n’est jamais seulement le reproduire. Cela serait trop simple. Il faut choisir ce que l’on veut représenter et montrer au monde. Il faut y mettre les noms des pays, les reliefs, les océans, les villes. Ces choix résultent des connaissances géographiques mais aussi historiques sans oublier les conventions cartographiques.

Mais un globe est aussi un objet historique. Il raconte une époque. Il raconte les connaissances géographiques de l’époque.

Des globes pour comprendre et transmettre

Le globe possède également une histoire pédagogique.

Pendant longtemps, il a été un instrument permettant d’apprendre la géographie autrement que par les cartes mais aussi par les livres. Il donne à voir aux curieux : les distances, les continents, les océans et les formes de la terre. On peut le toucher, le faire tourner et changer de perspective. Cette dimension est particulièrement intéressante : le globe transforme une connaissance abstraite en expérience visuelle.

L’élève ne lit plus seulement que la terre est ronde. Il peut la regarder. Il comprend qu’un continent comme l’Europe n’est qu’une petite partie d’un ensemble beaucoup plus vaste et que les représentations habituelles du monde dépendent aussi de notre position.

Le globe n’est donc pas uniquement un objet scientifique. Il est aussi un objet culturel et pédagogique.

Un monde et plusieurs représentations de ce dernier

C’est peut-être là que réside l’un des intérêts majeurs de l’ouvrage. Il nous rappelle qu’il n’existe pas une seule manière de regarder le monde.

Selon les époques, les connaissances et les techniques disponibles, les hommes ont produit différentes représentations de la Terre. Et notre époque ne fait évidemment pas exception. Nous avons aujourd’hui accès à des représentations du monde qui auraient paru extraordinaires à nos prédécesseurs : cartes interactives, photographies satellitaires, modèles en trois dimensions et globes virtuelles qui permettent de changer d’échelle presque instantanément.

Quelques secondes suffisent pour passer d’une vue globale de la planète à une ville, une rue ou même un bâtiment.

Ainsi, notre globe est entré dans l’ère du numérique.

Au final, un bel atlas (comme d’ailleurs tous ceux qu’éditent les éditions autrement) et qui invite, au fil de la lecture ou du feuilletage, à découvrir que derrière un atlas, ouvrage somme toute banal, se cache une histoire beaucoup plus vaste : celle des connaissances, des techniques et des représentations qui ont permis aux hommes de mettre le monde en image. Un livre pour voyager.

Franck Dupire

Collectif Spherographia, Un globe, des mondes, sous la direction de Matthieu Noucher, éditions autrement, collection « Atlas », septembre 2026, 160 pages, 25 euros

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