Un capitalisme devenu fou, comment les riches ont gagné la lutte des classes
On ne présente plus Alain Minc, l’homme qui murmure à l’oreille de certains présidents, ancien directeur de la société de surveillance du Monde et président d’une société de conseil où il s’est beaucoup enrichi. Il est apparu aux yeux de Guillaume Erner, sociologue et animateur des Matins de France Culture, comme l’interlocuteur idéal pour comprendre l’évolution actuelle du capitalisme.
Comment les riches ont gagné la lutte des classes

Ce livre découle d’une affirmation de Warren Buffet, célèbre milliardaire américain, qui affirma un jour que la lutte des classes existait et que c’était sa classe (celle des riches) qui la gagnait. De fait, les inégalités repartent à la hausse depuis les années 1970-80 dans tout l’Occident et l’enrichissement profite à un petit nombre. La faute à la financiarisation ? C’est évident, mais pas seulement. Le développement des nouvelles technologies, de l’internet à l’Intelligence artificielle, a conduit à des oligopoles et des monopoles qui font de leurs propriétaires de nouveaux Rockfeller ou Carnegie. Si la crise financière de 2008 a été très dure, ces hommes ont su rebondir et largement se refaire. Ils n’ont en fait jamais été si prospères tandis que « Main Street », pour parler la langue de Shakespeare, les hommes et les femmes ordinaires, s’appauvrissent, laminés par les licenciements et une mondialisation pas si heureuse…
Que faire ?
Alain Minc est un pur produit du système (il s’oppose à la taxe Zucman, avec des arguments de fond) mais il est lucide. Il sait, il sent que le système a besoin d’être rééquilibré, corrigé. Il préconise de taxer les héritages, et particulièrement ceux que vont produire de ces très riches, d’améliorer la taxation des produits financiers, si sophistiqués soit-il. Il prédit (on verra) que le vent viendra d’Amérique, peut-être du côté démocrate. Il espère aussi que les syndicats, affaiblis mais toujours présents, sauront redevenir des acteurs sociaux de poids. Quant à la France, elle doit résoudre le problème de sa dette (le keynésien que je suis approuve) et se remettre à produire. Vaste programme quand on lit les programmes économiques des favoris actuels de l’élection présidentielle.
Essai roboratif, de haut niveau et passionnant.
Sylvain Bonnet
Alain Minc & Guillaume Erner, Un capitalisme devenu fou, Flammarion, septembre 2026, 256 pages, 21,50 euros
