Ce besoin de perdition, neuf récits des temps de guerre

Voilà un livre que l’on n’aurait pas aimé lire, et pourtant ! Les neuf récits qui le composent ne reflètent que trop les temps qui reviennent, depuis 1799 avec les pestiférés de Jaffa jusqu’en 1969, avec les nuits vietnamiennes de Da Nang – ou même et surtout les temps qui vont nous venir : avec une nouvelle nuit de brouillard en 2033, la Pologne attaquée par on sait qui en 2034, le retour d’une justice en 2039… la suite des récits se terminerait donc bien, comme il se doit, si le sous-titre du livre ne nous avertissait pas : « Récits des temps de guerre I »… Il y aura donc un tome II ?  

Plutôt que des nouvelles, voilà des récits : Le tableau Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa nous amène à dialoguer avec Antoine-Jean Gros, le peintre du tableau. Nous déplorons la mort, en 1900, de Stephen Crane, reporter de la guerre de 1897 entre la Grèce et la Sublime porte, auteur d’un recueil poétique titré : « La guerre est aimable » … Nous sommes ensuite devenus archéologues à Olympie en 1936, au temps du nazisme, de la nuit de cristal… En 1942, nous voilà torturés en Égypte par les renseignements militaires britannique. En 1982 nous sommes devenus grands reporters en Afrique, dans la région des grands lacs où la guerre fait rage. Nous coulons des jours tranquilles à Da Nang, en 1969, juste avant l’offensive du Tet qui provoqua le départ des États-Uniens de la ville… Et je ne dirai rien des trois récits de politique-fiction qui concluent le livre, j’en réserve la surprise au lecteur !

À lire ce livre, nous gagne la désagréable impression, ou confirmation, que l’état de guerre serait l’état normal du monde : dans l’espoir que la nausée ainsi provoquée nous conduira à une réaction de répulsion ? Quant aux reporters que l’on rencontre dans ces récits, je dirais qu’ils sont l’objet d’une attractive répulsion…  « Ce besoin de perdition », le titre choisi par Laurent Dégremont, sonne donc comme un sombre avertissement…

Mathias Lair

Laurent Dégremont, Ce besoin de perdition, Récits des temps de guerre I, Tarmac, Juin 2026, 150 pages, 18 euros

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