Puma de Caroline Coppé, pulsion de liberté
Caroline Coppé nous l’annonce d’entrée : elle a connu de près son oncle Théodore, diagnostiqué schizophrène, qui conversait avec Dieu. Elle a suivi de loin son parcours psychiatrique, s’en est-elle plus ou moins moquée, comme le reste de sa famille ? Auquel cas ce texte serait une réparation, une manière d’acte de contrition. Et aussi un petit exploit…
Le temps d’un texte, Caroline Coppé a tenté de se mettre dans la peau de son oncle, de parler par sa bouche dans ce que l’on pourrait appeler « Le journal d’un schizophrène », avec une belle humanité. On est loin du fou classique affublé d’un entonnoir sur la tête et jouant du mirliton. Il est simplement désaxé : il ne tourne pas rond, et il en souffre comme vous et moi : « l’illusion frappe à toutes les portes » écrit-il. Il a parfois du mal à retrouver ses jambes, un puma dort au pied de son lit, il prend un soin excessif à sauver de la noyade les mouches et les guêpes :
« Peur. Un intrus dont on ignore tout s’est immiscé dans notre cerveau. On prend conscience de la nécessité de cacher le malvenu comme un réfugié gênant ».

… car nous voilà en décalage avec le reste du monde, il devient difficile de commercer avec lui : il y a de quoi nous rendre fou ! Car il s’avère impossible de partager les voix qui chuchotent des mots incompréhensibles, ni la nécessité de guérir Dieu qui parle par notre bouche. Les médecins ne résolvent pas l’énigme, ils n’ont comme soin que les médicaments qui font dormir…
Là plupart du temps notre personnage vit sans trop de difficulté avec ses hallucinations, du moment qu’elles ne sont pas trop violentes. C’est le cas la plupart du temps. Ce qu’il supporterait moins, c’est sa porosité : on entre et sort de chez lui comme dans un moulin. Il n’a pas son quant à soi.
Heureusement il y a la poésie, il suffit de prendre un livre sur l’étagère :
« Et voilà qu’il nous tend des mains aborigènes, un éclat de rire surgit, guttural, un rire-frère. Un toucher dont on ne pourra plus se défaire ».
De l’oncle à Caroline, voilà que se dessine un lien. Qui déclare : « On partait pour écrire un poème sur la difficulté de la constance, de maintenir un soi libre d’entraves » ? Ne serait-pas l’autrice et nous avec elle ? Ce livre, Puma, ne serait-il pas un prétexte pour libérer son écriture, au moins le temps d’un texte ?
Mathias Lair
Caroline Coppé, Puma, éditions Tarmac, mars 2026, 80 pages, 15 euros
