Washington, le premier des américains
Spécialiste de l’histoire des Etats-Unis, Yves-Marie Péréon enseigne l’anglais et l’histoire de l’économie à l’université Paris Panthéon-Assas. On lui doit une biographie de Franklin Roosevelt (Tallandier, 2012), qui venait après celle d’André Kaspi, et un essai particulièrement passionnant, Rendre le pouvoir, les présidents américains après la Maison-Blanche de Washington à Trump (Tallandier, 2023), écrit après les évènements de janvier 2021. Ici, il a choisi de s’intéresser au premier président américain, George Washington.
Itinéraire d’un colonial

George Washington est avant un colon américain, descendant de colon. Il n’a voyagé qu’une fois en dehors des treize colonies et n’a pas effectué d’études universitaires. Milicien, il est aux avant-postes des combats contre les Français, peut-être à l’origine d’un combat qui a précipité les débuts de la guerre de sept ans qui va se terminer par la victoire de l’Angleterre. Propriétaire de la plantation de Mount Vernon, Washington s’occupe de l’éducation de ses demi-frères, puis se marie avec Martha Custis, sans toutefois avoir d’enfants. Puis lorsque commence le processus qui va mener à la déclaration d’indépendance, le virginien s’engage et est choisi comme commandant de l’armée continentale à cause de son expérience militaire. Sans être un grand stratège, le grand mérite de Washington va être de construire un outil militaire crédible face aux anglais qui va permettre au Congrès de gagner du temps pour s’allier à… la France de Louis XVI. Et Washington, autrefois ennemi des Français, va se trouver un fils spirituel en la personne de La Fayette. Rochambeau, commandant du corps expéditionnaire français, a l’intelligence de le reconnaître d’emblée comme commandant en chef : à Yorktown, c’est la victoire.
Le premier président
Le livre retrace très bien les années qui suivent l’indépendance. Les treize colonies débattent de la forme à donner au nouvel état, tout d’abord une Confédération, avant de choisir une forme fédérale et de mutualiser les dettes grâce à l’action d’Hamilton. Retiré à Mount Vernon, Washington reste au-dessus de la mêlée avant d’être élu premier président des Etats-Unis. Certains craignent sa dictature, à tort. L’homme est un légaliste, soucieux de l’unité de son pays, désolé des passions que suscite la controverse entre Hamilton et Adams d’un côté, Jefferson de l’autre. Face à la Révolution française, il choisit la neutralité quitte à décevoir une partie de l’opinion. Son adresse à la nation, où il recommande aux Américains de ne jamais contracter d’alliance, surtout avec des puissances européennes, fonde une tradition diplomatique qui se sera rompue qu’en 1941. Cette biographie d’Yves-Marie Péréon permet en tout cas tous les contrastes d’un homme peu connu au fond en Europe.
Sylvain Bonnet
Yves-Marie Péréon, Washington, Tallandier, avril 2026, 464 pages, 24,90 euros
