De Lattre de Tassigny, un homme de guerre

Soldat et historien

Officier et historien, Ivan Cadeau nous a déjà donné une excellente synthèse sur la guerre de Corée (où la France envoya un bataillon qui se battit avec courage face à un adversaire très pugnace), publié chez Perrin en 2013, un livre sur la bataille de Diên Biên Phu (Tallandier, 2013) absolument remarquable, et enfin un ouvrage magistral sur la guerre d’Indochine (Tallandier, 2015). C’est tout naturellement qu’il se penche ici sur la figure du maréchal de Lattre, qui s’illustra durant la seconde guerre mondiale et durant le conflit indochinois. Dans l’introduction, Ivan Cadeau assure ne vouloir cacher aucun des défauts d’un homme souvent caricaturé de son vivant (et après).

 

« De Lattre » : un jeune officier plein de promesses

Ivan Cadeau retrace avec talent les années de formation de Jean de Lattre de Tassigny, qui choisit de devenir officier de l’armée de terre après avoir été tenté par la marine. Il entre à l’école spéciale militaire de Saint Cyr, choisit la cavalerie et passe à Saumur. C’est en tant que jeune dragon que de Lattre entame la Grande guerre. Il ne tarde pas à servir dans l’infanterie, suite aux pertes énormes des premiers mois. Gazé, de Lattre est envoyé en convalescence mais conservera des séquelles toute sa vie.

Après la victoire de 1918, il est affecté au Maroc, puis fait l’école supérieure de la guerre (ESG) qui lui permet à terme de devenir général. Doté d’un caractère affirmé, volontiers démonstratif, de Lattre intègre « l’écurie » du général Weygand et est un des grands espoirs de l’armée française, comme son grand rival Alphonse Juin.

 

Dans le chaudron de la Seconde Guerre mondiale

Affecté au commandement de la 14e division d’infanterie, de Lattre sauve les meubles avec brio pendant la campagne de 1940 et réussit à replier ses hommes. Patriote anti-allemand, il n’a cependant aucun état d’âme à rallier le maréchal Pétain. Affecté après l’armistice à Montpellier, il fonde une école de cadres à Opme, convaincu que la revanche passe par l’éducation et l’instruction. De Lattre est ensuite affecté en Afrique du Nord où il retrouve Weygand. Celui-ci est cependant rappelé fin 1941 sur pression des allemands et de Lattre voit arriver Juin, libéré des prisons allemandes. De Lattre ne lui fait pas confiance et est nommé à Grenoble.

Au moment de l’invasion allemande de la zone libre, il tente de résister et est arrêté. Condamné à la prison, il s’évade grâce à la résistance (contrairement à une légende qu’il a alimentée) et rejoint Londres, puis Alger. De Gaulle confie à cet entraîneur d’hommes le soin de constituer l’armée B en vue du débarquement en Provence. De Lattre s’y emploie, réussit l’amalgame entre anciens de la France libre et de l’armée d’Afrique (comme plus tard avec les FFI). Puis c’est le débarquement et la folle chevauchée jusqu’en Allemagne.

 

 

Le roi Jean

Volontiers grandiloquent, amateur de faste, de Lattre provoque ses pairs, surtout ceux liés à Alphonse Juin (Juin de quelle année ? disait de Gaulle) et à Leclerc. Il n’empêche qu’il a grandement œuvré au rétablissement du prestige militaire français. Mis dans un placard doré par de Gaulle, il part en Indochine en 1951 (après que Juin ait refusé) et rétablit la situation. Malade, diminué par la mort de son fils Bernard, il réussit cependant à obtenir l’aide des américains, avant de mourir en 1952. Que reste-t-il de lui au final ? Sans être un grand stratège (Juin, pour sa manœuvre au Garigliano, l’est beaucoup plus), il reste un grand officier et un entraîneur d’hommes hors pair. Une prima donna aussi mais au final beaucoup de grands chefs ne le sont-ils pas ? Voici une excellente biographie d’un homme oublié aujourd’hui.

 

Sylvain Bonnet

 

Ivan Cadeau, De Lattre, Perrin, novembre 2017, 336 pages, 22 euros

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