Contre les fascismes: Zeev Sternhell, un historien engagé

Un historien devenu mythique

Autrefois, quand un chercheur, un grand spécialiste d’une période historique partait en retraite et devenait professeur émérite, on lui offrait des « Mélanges » où des confrères, et parmi eux certains formés par lui, écrivait des chapitres consacrés à des questions abordés par ce grand historien. C’est un peu l’esprit du volume « Contre les fascismes », paru en folio histoire l’année dernière chez Gallimard, consacré à Zeev Sternhell, historien israélien mort en 2020. L’homme avait beaucoup fait parler de lui en France en publiant Maurice Barrès et le nationalisme français, puis la Droite Révolutionnaire avec une thèse qui fit scandale : le fascisme n’est pas né en Italie mais en France, au cœur de la crise boulangiste et de l’affaire Dreyfus, avec Maurice Barrès comme étendard. Autant dire que l’œuvre eut beaucoup d’impact tout en étant très mal reçu des universitaires français, René Rémond en tête. Sternhell était aussi sioniste, passionnément israélien, accomplissant ses devoirs militaires avec conviction, ce qui ne l’empêcha pas de prendre l’extrême-droite israélienne en grippe. Il fut ainsi victime d’un attentat en 2008 : on se demande ce qu’il aurait pensé du pogrom du 7 octobre ou de la guerre à Gaza…

Un volume éclectique

Pierre Serna rassemble dans cet ouvrage un grand nombre d’historiens : citons Baptiste Roger-Lacan, Benjamin Stora, Henry Rousso, Annette Becker, Johann Chapoutot ou Philip Nord. Ils reviennent tous sur l’impact d’une œuvre ancrée dans les soubresauts d’un vingtième siècle dont Sternhell fut un survivant au sens strict. Philip Nord retrace avec brio les traces du nationalisme barrésien jusqu’à aujourd’hui. Quant à Benjamin Stora, il montre l’impact de la « Droite Révolutionnaire » en Algérie Française. Reste que la thèse de Sternhell, très percutant sur le plan de l’histoire des idées (son analyse des cercles Proudhon de l’Action Française était brillante), reste plus délicate d’usage sur le plan des partis politiques. Le cas du Parti Social Français, héritier des Croix de Feu et dirigé par La Rocque, l’illustre. Pour certains comme Robert Soucy (avec qui Sternhell était en désaccord), c’est un parti d’extrême-droite fascisant et pour d’autres, un parti conservateur. L’itinéraire complexe de La Rocque, d’abord favorable à Pétain puis engagé dans la Résistance (il finira d’ailleurs déporté), montre bien que le sujet est loin d’être résolu.

En tout cas, très bon ouvrage.

Sylvain Bonnet

Pierre Serna, Contre les fascismes, Gallimard Folio histoire, septembre 2025, 304 pages, 9.50 euros

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